Face à des attentes sociales grandissantes et à des pressions accrues pour améliorer la gouvernance, le Cameroun enregistre un nouvel afflux de financements internationaux. Le défi est de traduire ces engagements en actions concrètes et en résultats tangibles, à la hauteur des promesses de développement et de redevabilité faites par les autorités.
Le Cameroun et l’Agence française de développement entament l’année 2026 avec de nouveaux financements dédiés à la résilience urbaine, à l’inclusion économique et à l’amélioration des services publics. Cinq conventions ont été signées à cet effet le jeudi 22 janvier par Alamine Ousmane Mey, le ministre camerounais de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire (MINEPAT), Sylvain Riquier, l'ambassadeur de France au Cameroun, et Virginie Dago, la directrice pays de l’AFD.
Les montants annoncés totalisent 175,5 millions d’euros. Ils se répartissent ainsi : un prêt de 150 millions d’euros, deux subventions de 5 millions d’euros chacune, et deux enveloppes financées sur les ressources du C2D (contrat de désendettement et de développement) de 11 millions et 4,5 millions d’euros. Cette combinaison de prêts et de subventions vise à articuler investissements structurants et appuis ciblés.
PLIDY : sécuriser Douala et Yaoundé face aux inondations
Volet clé du dispositif, le Programme de lutte contre les inondations à Douala et à Yaoundé (PLIDY) absorbe la majeure partie des fonds, avec 150 millions d’euros. Son objectif est de réduire durablement la vulnérabilité des populations et des infrastructures dans ces deux métropoles, régulièrement frappées par des crues aux lourdes conséquences économiques et sociales. Le programme combine la construction d’ouvrages structurants de drainage et de protection, une meilleure intégration urbaine des infrastructures, la prise en compte des enjeux environnementaux et sociaux, ainsi qu’un dispositif de suivi-évaluation pour capitaliser sur les actions menées.
SEPTENTRIONEST : miser sur l’entrepreneuriat féminin
Le programme SEPTENTRIONEST, qui bénéficie d’une subvention de 5 millions d’euros, vise à soutenir l’entrepreneuriat féminin dans quatre régions prioritaires (Extrême-Nord, Nord, Adamaoua et Est), prolongeant ainsi une phase pilote menée en 2023 dans l’Extrême-Nord. L’enjeu dépasse la simple création d’activités : il s’agit d’aboutir à une autonomisation économique effective et à la création d’emplois pour renforcer la résilience des femmes dans ces zones fragilisées. Le projet prévoit notamment des dispositifs d’accompagnement et d’accès au financement adaptés aux réalités locales.
SECAL phase 2 : renforcer la sécurité alimentaire
La deuxième phase du projet d’appui à la sécurité alimentaire (SECAL) sera aussi financée par une subvention de 5 millions d’euros. Elle s’ajoute à un premier financement de 16 millions d’euros mobilisé via le C2D depuis 2023. Le SECAL soutient les entreprises rurales à travers le conseil agropastoral, la formation et l’accès au financement dans plusieurs bassins de production (Extrême-Nord, Nord, Ouest, Centre, Littoral). Cette nouvelle phase étend le dispositif au département du Fako, dans le Sud-Ouest, et prévoit d’intensifier l’accompagnement via des prêts d’honneur, la fourniture de petits équipements, ainsi qu'un renforcement du suivi des bénéficiaires.
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Consolider les réformes, rapprocher le service public
Sur les ressources du C2D, l’Appui budgétaire sectoriel Éducation (ABS Éducation) représente 11 millions d’euros. Il s’inscrit dans la continuité de trois cycles menés entre 2017 et 2025, et vise à pérenniser les acquis en renforçant le cadre institutionnel, notamment sur les standards de construction des salles de classe, la maîtrise d’ouvrage communale et la fidélisation des enseignants.
Enfin, le projet de renforcement de la décentralisation au Cameroun (REDECA), financé à hauteur de 4,5 millions d’euros sur les ressources du C2D, cible l’amélioration de la délivrance des services publics locaux et le renforcement de la décentralisation dans trois communautés urbaines, à savoir Bafoussam, Bertoua et Garoua. Complémentaire à d’autres interventions de l’AFD – telles que le programme Capitales Régionales, le renforcement de l’état civil dans l’Ouest ou le programme d’appui à la réforme des finances publiques (PAGFI 3) –, le REDECA favorise la participation citoyenne, le renforcement des capacités institutionnelles et la modernisation de la gestion locale.
Désormais, l’enjeu se déplace de la signature à la mise en œuvre. La crédibilité de cette enveloppe de 175,5 millions d’euros se mesurera à la capacité d’exécution et de suivi des projets, afin que les chantiers annoncés se traduisent par une meilleure protection des populations, de nouvelles opportunités économiques et des services publics plus efficaces. À travers ce soutien financier, l’AFD affirme vouloir accompagner le Cameroun vers des solutions durables et inclusives, au service des populations et des territoires.