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JO 2026 : Crêpe, stress et Madonna... à quoi ressemble une journée de course de Clément Noël ?

Photo de La Tribune Dimanche - Rédaction

Propos recueillis par Damien Burnier

Publié le 16 février 2026 à 08:34

Clement Noel, à Bormio (Italie), le 9 février.

Clement Noel, à Bormio (Italie), le 9 février.

LTD/Caster / SL - Getty Images via AFP - 2026 Getty Images - CHRISTIAN PETERSEN

La Tribune Dimanche

N146 ● 19 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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Le porte-drapeau de l’équipe de France dévoile les coulisses et son cheminement du lever à l’arrivée. Il défend son titre olympique en slalom ce lundi 16 février.

Le combiné du lundi à Bormio, au relais du descendeur Nils Allègre, l’a frustré. Treize centièmes de trop et un podium qui s’éclipse (5e). Mais lundi 16 février est un autre jour de course. Plus proche des habitudes de Clément Noël, de cette vie de slalomeur agencée en recto verso : deux manches, où chaque piquet peut montrer la sortie. La piste du Stelvio, temple de la descente, est une nouveauté pour la confrérie. Mais le skieur de Val-d’Isère peut faire parler l’expérience. Quatrième à Pyeongchang en 2018, à 20 ans, le Vosgien s’avance en champion olympique en titre. Vent dans le dos aussi : victoire à Madonna di Campiglio en janvier et troisième à Schladming, dernière étape de Coupe du monde avant les Jeux. On n’en connaît pas encore l’issue, mais demain sa journée devrait ressembler à ça.

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  • Café, crêpe et set-up
    Dans un schéma classique, avec une première manche à 10 heures, le réveil sonne vers 6 h 30. Au petit déj, certains sont très regardants et viennent avec des choses à eux. Moi, je fais avec ce qu’il y a. Mais il y aura toujours des œufs, du jambon, du pain et, bien sûr, du café. Si le buffet est vraiment bon, je ne m’interdis pas une gaufre ou une crêpe, même le matin de la course.
  • Rayon matériel
    En général le technicien a préparé deux set-ups différents, qu’il met dans le bus. Un set-up, c’est deux ensembles modèle de ski-fixation-affûtage. En fonction de la neige et de la reconnaissance, on choisira parmi ces quatre paires de skis, même si on s’échauffe encore avec d’autres. Dans mon sac, il y aura masque, gants et vêtements de rechange, des gels énergisants, une gourde et un casque pour la musique, même si je m’en sers rarement. On pose tout ça au team hospitality [lieu de détente réservé aux équipes] et c’est parti.
  • La reconnaissance
    Pour la première manche, elle est ouverte quarante-cinq minutes, à partir de 8 h 15. Selon la longueur et la complexité du tracé, je consacre entre quinze et vingt-cinq minutes à le déchiffrer. C’est important aussi d’apprécier la qualité de la neige, la façon dont elle va réagir, car on n’a pas le droit de skier sur la piste de course. On se contente de dérapages sur le côté, avec un maximum de trois virages autorisés. Les coachs sont placés à différents endroits, de la mise en action à la partie finale. On regarde et on s’arrête pour discuter avec eux de leur section.

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  • Débrief
    On poursuit ainsi jusqu’à faire un point global en bas avec un autre coach, qu’on retrouvera au départ. On parle des intentions, des pièges éventuels. C’est rare qu’on ne soit pas d’accord. Je pourrais faire une « reco » tout seul qu’il n’y aurait pas de souci. C’est une de mes forces : j’arrive à avoir une bonne vision de ce qui m’attend. Il y a des tracés que je trouve beaux d’emblée, qui rentrent bien dans la tête, avec une forme de musicalité. D’autres plus arythmiques, avec des parties juste faites pour piéger les athlètes. Mais ça ne présage pas forcément de ce qui va me convenir.
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  • L’attente
    Je remonte avec mon matériel de course quinze à vingt minutes avant mon horaire de départ. De quoi me laisser le temps, une fois là-haut, de faire ma routine d’assouplissements. Si on a le dossard 1, il faut surtout faire confiance aux observations de la reconnaissance. Sinon, on a une télé à disposition pour regarder les premiers partants et affiner ses impressions. Et puis les infos remontent à la radio. Certaines nations fonctionnent en poste ouvert, c’est-à-dire que les athlètes entendent tout de ce que disent les coachs sur la piste. Nous, on procède différemment. Les infos sont filtrées par l’entraîneur posté au départ. Il nous connaît bien et les distille selon les besoins de chacun.
  • Au portillon
    Dans la cabane de départ, pendant une minute, tu es tout seul. Chacun sa méthode. Certains se parlent à haute voix. Moi, j’essaie de garder beaucoup de calme. Je me rappelle ce que j’ai à faire pour skier vite. Sans plus visualiser en détail ce qui va se présenter, pour laisser une place à l’instinct. Quand je m’approche du portillon et que je vois les premières portes, mais aussi si le terrain est marqué, le doute peut survenir. « Wow, comment je vais me sortir de ça ? » Mais en règle générale, c’est plutôt l’inverse : « Allez, il y a un départ, une arrivée, des piquets entre-temps, c’est comme à l’entraînement, tu sais faire. »

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  • La coupure
    Entre les deux manches, le break peut être assez long, jusqu’à trois heures trente. Passage éventuel devant les micros, puis retour au team hospitality. On mange un truc, on peut faire tourner les jambes sur un vélo pour faire redescendre le lactique. En général, on reste tranquillement en équipe, on débriefe sa course. Pour nous aider, les coachs peuvent nous envoyer des vidéos prises directement avec leur caméra. Les aspects techniques y sont mieux révélés que sur les images de la télé, qu’on regarde aussi. Ensuite rebelote avec la reconnaissance du second tracé. Plus court cette fois : trente minutes.
  • Seconde manche
    Si on est bien placé, on se dit qu’on a fait une partie du boulot, que cinquante secondes nous séparent d’un grand moment. Mais aussi que tout peut encore être réduit à néant en un éclair. C’est une bataille mentale. Quand on est en tête, et donc le dernier à repartir, il n’y a pas vraiment de gestion. Sauf si on a une seconde et demie d’avance, mais ça n’arrive jamais. J’adore la décharge d’émotions que ça amène. Il n’y a plus personne en haut. C’est un silence qui fait peur. Parfois on entend quand même le speaker depuis le départ. On sait surtout que tout le monde nous attend. C’est stressant mais grisant.
  • Et après
    À l’arrivée, on se retrouve très vite devant les médias. Au début de ma carrière, si ça ne s’était pas bien passé, je ne voulais pas y aller. « Qu’est-ce que je vais leur dire ? J’ai fait une course de merde, voilà. » À chaud, je suis dur avec moi-même. Quand il y a eu des déceptions immenses, aux Mondiaux 2025 ou à Madonna en 2021 [chute sur la dernière porte], je n’avais vraiment envie de parler à personne. Mais j’y vais quand même, c’est important de montrer la sincérité des athlètes. Le résultat peut aussi être un entre-deux mais pour moi, si c’est middle, ça reste raté. Je ne suis pas là pour faire des courses moyennes. 

Propos recueillis par Damien Burnier

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