« Un lieu à part dans l'histoire du ski » : pourquoi la piste de Val-d’Isère est devenue incontournable ?

L'épreuve de slalom géant hommes de la Coupe du monde de ski alpin à Val d'Isère, le 13 décembre 2025.
LTD/ OLIVIER CHASSIGNOLE/AFP

L'épreuve de slalom géant hommes de la Coupe du monde de ski alpin à Val d'Isère, le 13 décembre 2025.
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Qui a le plus fait pour la renommée de Val-d’Isère, Jean-Claude Killy ou Jean-Claude Dusse ? Le charmeur de piquets ou le dragueur de pacotille, qui oubliait de planter le bâton dans Les Bronzés font du ski ? Puisque le film ne cite jamais nommément la station dont il fait le tour, le premier garde bien sûr quelques longueurs d’avance.
Un degré d’incarnation sans égal : enfant du pays, le triple champion olympique a longtemps prêté son nom au domaine skiable (300 kilomètres de pistes), avant que l’Espace Killy ne soit rebaptisé « Tignes – Val-d’Isère » en 2016 pour souligner l’association avec sa voisine du massif de la Vanoise.
À Tignes l’étiquette fun et nouvelles glisses, à « Val » la représentation du village haut de gamme, en fond de vallée, ancré dans la tradition montagnarde. Le critérium de la première neige en est une émanation. Ce week-end marque les 70 ans de la course (le Suisse Loïc Meillard s’est adjugé le géant hier, aucun Français dans le top 15), arrimée au circuit Coupe du monde depuis 1968. Un positionnement sportif identifié, encore renforcé par l’organisation des épreuves masculines aux JO de 1992 et des Mondiaux 2009.
« Val-d’Isère, c’est un nom qui résonne ; même avant de m’y installer, j’avais cette image d’un lieu à part lié à l’histoire du ski », glisse Clément Noël, qui sera au départ du slalom aujourd’hui (9 heures 30, 13 heures).
« Val-d’Isère n’évoque pas le bling-bling, même si ce n’est pas donné [20.000 euros du mètre carré dans le centre], mais d’abord ce que la montagne française a de plus beau à offrir, estime le Vosgien, qui a vécu sur place de 15 à 18 ans. À l’étranger, tout le monde connaît cet endroit pour les bonnes raisons : l’âme du village, la beauté du domaine et les grands événements sportifs. C’est une station qui plaît. »
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Et qui gagne aussi. Sacré à Pékin en 2022, Noël est le dernier entrant dans le cercle des champions olympiques du cru. Outre Killy (1968), Henri Oreiller (1948), Christine Goitschel (1964) et sa sœur Marielle (1964, 1968) l’avaient précédé. Le club des sports se revendique ainsi comme « le plus médaillé au monde ».
Val-d’Isère, c’est enfin une piste légendaire, la face de Bellevarde. Une pente façonnée pour les Jeux d’Albertville, jusqu’à 71 % d’inclinaison, sur laquelle on ne peut pas tout miser sur son physique. « Elle est exigeante, sélective, un vrai challenge, atteste Noël, qui s’y est imposé en 2021. On sait qu’on y fera des fautes, que les sensations ne seront pas top, mais ça met en valeur le côté combat. Et puis elle est assez majestueuse avec cette arrivée dans le centre. »
Les femmes, elles, sont davantage associées à la piste OK (Oreiller-Killy). Au palmarès, Lindsey Vonn se pose là : 7 victoires. Sur le papier, tout était donc réuni pour que Val-d’Isère s’érige en tête de gondole des Jeux de 2030, attribués aux Alpes françaises. Sauf que, depuis le début, rien n’est simple. Sur la carte lors de la candidature (slaloms hommes et femmes), la station de Haute Tarentaise en a ensuite été retirée, sous l’inflexion du Comité international olympique (CIO) et d’une volonté de compacité des sites, même si personne n’a clairement assumé la responsabilité de la décision.
Killy s’est déclaré « scandalisé » et le forcing a été fait en coulisses. Jusqu’à voir réapparaître Val-d’Isère lors de l’attribution des Jeux, le 24 juillet 2024, mais sans épreuve définie, celles de ski alpin revenant à Méribel et à Courchevel, pour constituer une unité de lieu avec le village des athlètes à Bozel.
Nommé patron du comité d’organisation (Cojop) en février, Edgar Grospiron ne pouvait voir d’un mauvais œil ce retour en grâce, poussé par la Région Auvergne-Rhône-Alpes. Médaillé d’or en bosses à Tignes en 1992, Grospiron entretient une relation privilégiée avec Killy, qui lui a remis la Légion d’honneur, avant de le chaperonner du temps où « Gagar » portait la candidature d’Annecy 2018.
« JCK » avait ainsi pris le temps de le familiariser avec les arcanes du CIO, dont il était encore un membre en exercice. Val-d’Isère revenu dans le jeu, Méribel, par ricochet, a été réduit à la séquence paralympique. Le déclassement n’est pas passé : le maire de la commune a claqué la porte cet été, pointant une « aberration logistique, financière et environnementale ».
« Le plan initial était rationnel et on a du mal à comprendre les gens, les anciens champions, qui ont fait un tel lobbying », appuie aujourd’hui Thierry Carroz, directeur du club des sports de Méribel, qui regrette la concurrence induite par le feuilleton. Organisatrice, avec Courchevel déjà, des Mondiaux 2023, la station des 3 Vallées discute avec la fédération internationale (FIS) d’un retour en Coupe du monde à l’horizon 2027.
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Pour Val-d’Isère, la partie est presque gagnée, même si tous les obstacles financiers ne sont pas levés – le conseil général de Savoie veut s’en tenir à l’enveloppe initiale – et que le dossier n’en est plus à un rebondissement près. Edgar Grospiron s’est fixé la fin de l’année pour l’intégrer définitivement à une carte des sites qui cristallise les tensions. La démission de la directrice des opérations (Anne Murac), mardi, n’en est que la face émergée.
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