Tout ce que raconte Timothy Loubineaud ne doit pas être pris au pied de la lettre. Du lundi soir au mardi matin, le patineur de vitesse peut changer radicalement de récit. Cela n’est pas forcément gênant, mais interdit quelquefois de le cerner. Mi-janvier, lors d’un stage de l’équipe de France à Inzell (Allemagne), l’éphémère détenteur du record du monde du 5 000 mètres a affirmé dans un premier temps qu’il n’aimait ni les Jeux olympiques ni le sport.
Il fallait avoir déjà pratiqué ce drôle d’oiseau pour ne pas accorder trop d’importance à cette déclaration tonitruante. Quelques heures – et conseils ? – plus tard, il a précisé sa pensée avec une rondeur retrouvée. « Aux jeux vidéo ou aux jeux de société, je suis très mauvais perdant », consent le Girondin, 29 ans, qui dit détenir « de bonnes stratégies » aux cartes pour s’en tirer. Avec sa compagne, ce trait de caractère est « problématique ».
La seule limite, il se l’impose avec son neveu : lorsqu’ils se lancent dans une partie de foot, le grand préfère que le petit l’emporte. Ce besoin de gagner à tout prix remonte peut-être à l’école, aux « clásicos de cour de récréation » entre CM1 et CM2, où il se mettait délibérément du côté des plus faibles « pour réussir une grande performance ». Il n’a pas changé d’avis : les situations compliquées « donnent un sens un peu plus beau à [sa] vie ».
Puisse le CIO lui pardonner son adaptation de la devise olympique : « Se confronter à plus grand, à plus beau, à plus fort. » « Pourquoi suis-je comme je suis ? » Voilà une question que se pose en permanence ce fils d’une patineuse et d’un rink hockeyeur (sur patins à roulettes). Pour se rapprocher d’une réponse, il consulte à la fois un psychologue et un psychiatre, « l’un pour le sportif, l’autre pour l’humain ». L’analyse est à ses yeux « une forme de romantisme envers soi-même ». Ce travail mental poussé est le reflet des journées qu’il inflige à son corps. Il lui arrive d’enchaîner six à huit heures de vélo, deux de course à pied, autant de roller.