Pour la première fois des Six Nations, un match des Bleus n’est pas retransmis sur une chaîne publique. Galles-France sera diffusé ce dimanche 15 février à 16 h 15 sur TF1.
Une semaine après avoir rossé l’Irlande (36-14) en ouverture du Tournoi des Six Nations, le XV de France ne semble pas exposé à un grand danger ce dimanche après-midi à Cardiff. Face à des Gallois qui n’ont plus remporté un match dans la compétition depuis 2023, les Bleus devront surtout veiller à ne pas verser dans l’excès de confiance. Leurs supporters feraient bien de rester concentrés eux aussi. Faute de quoi ils pourraient rater le coup d’envoi, surpris que France 2 soit en train de diffuser les Jeux olympiques d’hiver alors que Charles Ollivon et ses siens auront lancé leurs premières charges.
Car, pour la première fois, une chaîne privée, TF1 en l’occurrence, va diffuser un match des Bleus dans le Tournoi, cet événement sportif patrimonial associé dans l’esprit de nombreux Français au service public. Presque un bien commun, au même titre que Roland-Garros ou le Tour de France, doublé de cartons d’audience assurés. L’an dernier, le programme télévisé le plus regardé, toutes chaînes et genres confondus, avait été France-Écosse, le match du sacre du Tournoi 2025. La défaite en Angleterre, lors de la 2e journée, s’était classée quatrième.
Déjà sérieusement envisagé sous l’ère Bernard Lapasset, président de la Fédération française de rugby entre 1991 et 2008, ce basculement vers TF1, qui a déjà retransmis la compétition avant sa privatisation (1987), est une affaire de gros sous. Pressé par le gouvernement de réaliser des économies, France Télévisions a cédé neuf des quinze rencontres de l’épreuve à sa concurrente contre 15 millions d’euros. Parmi elles, deux affiches des Bleus : ce Galles-France en pleins JO donc, et le déplacement en Écosse du 7 mars.
Pour l’Ovalie et les téléspectateurs
Les fans devront donc se familiariser avec de nouvelles voix. Tout sauf anodin tant elles marquent l’imaginaire des téléspectateurs de la vénérable compétition. Les commentateurs du XV de France du Tournoi ne sont pas si nombreux depuis 1975 et la création d’Antenne 2. Les plus anciens se souviennent de Roger Couderc et Pierre Albaladejo, puis de Pierre Salviac et Jean Abeilhou. Ils sont désormais bercés par Matthieu Lartot, associé à Dimitri Yachvili.
« Le Tournoi a effectivement créé une sorte de force de l’habitude, qui me semble liée davantage aux hommes qu’aux chaînes, pointe Pierre-Michel Bonnot, auteur d’ouvrages sur la compétition et ancienne grande plume de L’Équipe. C’est en ça que le passage sur TF1 me semble le plus marquant. Mais Stefan Etcheverry est aussi compétent que Matthieu Lartot. À titre personnel, je ne ressentirai pas de nostalgie. Sinon j’en serais encore à regretter Salviac et Couderc. »
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En duo avec l’ancien arrière international Xavier Garbajosa aujourd’hui – il forme d’habitude la paire avec Thomas Lombard, Stefan Etcheverry est conscient qu’il pose le pied sur une terre de tradition. Ce fou de rugby, ancien ouvreur international autrichien devenu président du club amateur de Clamart (Hauts-de-Seine), se souvient des retransmissions vécues en famille, enfant : « Je mesure ma responsabilité, je comprends combien le Tournoi rythme l’hiver de nombreux téléspectateurs. On se retrouve devant comme au coin d’un feu entre amis, en famille, pour vibrer devant le XV de France. »
À son tour de souffler sur les braises pour séduire de probables nouveaux venus, plus fidèles à TF1 qu’à l’Ovalie. « Mais je commenterai de la même manière que lors de la Coupe du monde ou que si j’étais sur France TV, assure-t-il. Je chercherai, comme toujours, cet équilibre qui me permet de parler à la fois à ceux qui ne connaissent pas les règles et aux aficionados. »
Passer sur une chaîne payante serait franchir le rugby-con.
Pierre-Michel Bonnot, grand reporter à L’Équipe de 1978 à 2020
Dès le week-end prochain, France 2 et Matthieu Lartot retrouveront le XV de France, contre l’Italie. Pas impossible que ce passage de témoins se poursuive. France Télévisions possède les droits du Tournoi jusqu’en 2029, mais de nouvelles économies réclamées par l’exécutif pourraient la contraindre à renouveler une rétrocession.
Aucune chance, en revanche, de voir le Tournoi sur Canal+, diffuseur du Top 14 et de test-matchs. L’Arcom garantit sa diffusion en clair, au même titre que 20 autres événements sportifs considérés comme majeurs. « Heureusement, conclut Pierre-Michel Bonnot, parce que passer sur une chaîne payante serait franchir le rugby-con. »