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Trail : conquérir le monde peut être aussi un objectif

Stéphane Colineau

Publié le 28 septembre 2025 à 12:00

Louison Coiffet et Benjamin Roubiol, le 27 septembre, à Canfranc (Espagne).

Louison Coiffet et Benjamin Roubiol, le 27 septembre, à Canfranc (Espagne).

LTD/Jose Miguel Muñoz/2025 WMTRC

La Tribune Dimanche

N145 ● 12 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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Les championnats du monde n’ont pas le prestige des monuments de la discipline, mais leur attrait ne cesse de croître. Un nouvel axe de développement ?

Même les pratiquants peuvent l’ignorer : le trail a ses champions du monde. Hier, Jim Walmsley et Katie Schide ont été sacrés en « longue distance » (81,2 kilomètres dont 5,4 d’ascension). Vendredi, le Français Frédéric Tranchand et la Suédoise Tove Alexandersson avaient remporté le format court (44,5). La veille, la compétition avait récompensé les meilleurs en « montée sèche ». Place aujourd’hui aux épreuves « montée et descente ». Avalées sur les sentiers rocheux et techniques de Canfranc (Espagne), les courses ont été disputées comme jamais.

Plus de 1 600 athlètes venus de 80 pays se sont défiés : un bond de près de 20 % par rapport à l’édition précédente, en 2023 à Innsbruck (Autriche). L’engagement de grands noms de la discipline est une autre trace de cette montée en gamme et en prestige. La France a présenté Vincent Bouillard et Baptiste Chassagne, premier et deuxième de l’Ultra-Trail du Mont-Blanc (UTMB) 2024. Les États-Unis ont déboulé en force, emmenés par deux géants du dénivelé positif : Jim Walmsley, déjà titré en 2019, et Katie Schide. Les Italiens n’ont pas mégoté non plus, avec Cristian Minoggio et Francesco Puppi.

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Nés en 2007, remodelés en 2021 sous l’égide de la fédération internationale d’athlétisme, ces Mondiaux continuent toutefois de se courir à l’ombre des quatre monuments de la discipline, gérés par des organisateurs privés. L’UTMB, la Diagonale des Fous, la Western States et la Hardrock jouissent d’un parfum de légende et d’aventure sans équivalent aux yeux de nombreux coureurs. Et de leur portefeuille, tant la notoriété de ces courses est essentielle pour les sponsors qui les font vivre. À cela s’ajoute le peu d’entrain que de nombreuses fédérations montrent pour encadrer sérieusement leurs têtes d’affiche.

Faire infuser la culture du drapeau

« Devenir champion du monde ? Bof », soupire le Suisse Jean-Philippe Tschumi, deuxième de la Diagonale des Fous l’an passé. Longtemps, une boutade circulait dans le milieu : cette compétition sacre-t-elle le meilleur au monde ou le meilleur français ? Plus grande nation de la discipline par sa proportion de pratiquants, servie par le prestige de l’UTMB, le pays de François D’Haene et de Mathieu Blanchard prend ces Mondiaux très au sérieux. Depuis dix-huit ans, elle est essentiellement concurrencée par les États-Unis et l’Espagne, doublés en 2023 par le Kenya.

Rigoureuse dans son mode de sélection et d’encadrement, la Fédération française d’athlétisme a fait infuser la culture du maillot tricolore. Contrairement au cyclisme, les stratégies d’équipe n’ont presque aucun poids en trail. Mais l’émulation et la motivation paient. Dans son autobiographie, Ludovic Pommeret, vainqueur de l’UTMB, de la Diagonale des Fous et de la Hardrock, a expliqué ne pas avoir envisagé de renoncer à pareil honneur. Sélectionné en 2018, il avait fini 5e sur une longue distance trop courte à son goût, comme à celui de nombreux champions qui ne jurent que par les 100 miles (environ 160 kilomètres).

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Ce changement d’échelle n’a pas effrayé Vincent Bouillard. Le Haut-Savoyard a organisé sa saison 2025 autour de la Western States et de ces Mondiaux, sacrifiant l’UTMB dont il était tenant du titre. « Le trail étant dans son adolescence, on peut se demander ce qui compte dans un calendrier annuel où l’on ne peut caser que deux ou trois grandes courses, remarque-t-il. Mais je n’ai pas hésité. Ce rendez-vous est l’un des plus relevés de l’année. Et c’est une manière d’offrir un rayonnement plus global à mon sport. » Vice-champion du monde 2019 devenu responsable national, Julian Rancon y voit un paradoxe : « Malgré le peu de visibilité, c‘est une compétition de référence. »

Stéphane Colineau

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