Le héros français des Mondiaux d'athlétisme de Tokyo Jimmy Gressier, qui s’est longtemps rêvé joueur pro de football, reste « animé » par le ballon. Il vise un nouveau coup d’éclat sur 5.000 mètres.
Son « kick » à lui, ce coup d'accélérateur terminal qui l'a fait roi du 10 .000 mètres dimanche dernier, le 14 septembre, il vient de loin. Il vient du foot. Jimmy Gressier en est persuadé, son passé d'ailier droit sur les terrains du Pas-de-Calais l'a bien « aidé » à Tokyo.
Répéter les efforts, les appels, puis mettre la gomme « d'un coup sec pour aller chercher un ballon en profondeur et marquer » : voilà qui ressemble à un schéma de victoire sur la piste. Analogie validée. Et doublé espéré ce dimanche 21 septembre avec le 5. 000 mètres (12 h 47 heure française), exploit seulement réalisé par Kenenisa Bekele et Mo Farah aux Mondiaux.
Le football, Gressier y pense tous les matins en courant. « J'accélère sur les footings en m'imaginant reprendre, ça me motive. » Souvent la nuit en dormant, aussi. « Je fais pas mal de rêves dans lesquels je rejoue. » Sa condition d'athlète s'accommode peu de ses envies de ballon — « la dernière fois, à l'Insep, je me suis fait une élongation à l'adducteur » — mais il s'y remettra, « c'est sûr ».
Plutôt avec une licence vétéran. Peut-être bien à Boulogne-sur-Mer, là où tout a commencé. Là, aussi, où le fondeur de 28 ans reviendra s'installer le mois prochain. Dans une résidence choisie par sa compagne « avec jardin, terrasse et vue sur la mer ». Et non plus sur le city stade du Chemin-Vert, théâtre d'interminables parties de jeunesse. Un quartier popu, sensible, blocs de béton sur les hauteurs.
Celui de Franck Ribéry aussi, première idole, « qui [...] a montré qu'on pouvait en sortir ». Et qui, bien plus tard, lors du championnat d'Europe de Munich (2022), le dépannera esthétiquement en lui envoyant à l'hôtel son coiffeur personnel.
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Demi-finale au Guatemala
Pour le foot structuré, le fil s'est déroulé à l'US Boulogne Côte d'Opale (USBCO), jusqu'en U19, après avoir été capitaine des U17 nationaux. Parmi les équipiers, des futurs pros : Colin Dagba (ex-PSG), Moussa Niakhaté (Lyon) ou Aurélien Scheidler (Charleroi). À l'USBCO, qui navigue alors entre Ligue 2 et National, évolue aussi un certain N'Golo Kanté, gros moteur dont la France ne s'est pas encore éprise.
Lors d'une séance consacrée au test Vameval, qui mesure la vitesse maximale aérobie, le milieu défensif bat le record du club. Dans la foulée, le jeune Gressier est mis au défi. Et s'approprie à son tour le record.
On voyait bien qu'il avait un poumon en plus.
Aurélien Scheidler
« On voyait bien qu'il avait un poumon en plus, rembobine Aurélien Scheidler. Il faisait des allers-retours sur son côté pendant quatre-vingt-dix minutes. Un vrai chien. » Colin Dagba partageait avec lui le flanc droit et il n'avait pas à s'en faire : « Jimmy défendait pour deux, c'était cool. Je pouvais monter les yeux fermés, je savais qu'il m'aiderait. Mais il n'était pas que généreux dans l'effort. C'était un bon joueur, qui débordait, centrait. »
Regroupés au sein de la section sportive du lycée Giraux-Sannier, ils iront jusqu'à s'envoler pour le Guatemala et la Coupe du monde scolaire, en avril 2015. Au bout, une demi-finale.
Deux semaines auparavant, Gressier avait découvert la Chine pour y disputer les Mondiaux juniors de cross-country. À peine plus d'un an après s'être inscrit à l'Entente maritime athlétique 62, sur les conseils de son prof de sport. « Lorsqu'un cross scolaire arrivait, Jimmy était le seul à être content, sourit Aurélien Scheidler. Et c'est toujours lui qui finissait premier. » Un talent brut, et deux sports conciliés avec l'assentiment des clubs concernés. Le plan : trois jours au foot, deux à l'athlé.
Si Jimmy s'est dépensé sans compter, la famille Gressier devait compter pour dépenser. Alors il s'agissait parfois de « marcher 5 kilomètres dans le noir » pour aller s'entraîner car les parents ne possédaient pas de voiture. Le grand-père, « avec sa petite Renault bordeaux », venait cependant au relais. « Même s'il n'avait pas tellement d'argent pour mettre de l'essence », appuie l'athlète, reconnaissant. Aujourd'hui, ses médailles et dossards tapissent l'appartement de « Pépé », l'ancien docker, au Chemin-Vert.
Une séance et un abonnement
À un moment, foot ou athlé, il a bien fallu choisir. Après les U19 de Boulogne, Gressier signe au Stade portelois, pensionnaire de DH (sixième niveau), dont le préparateur physique, Arnaud Dinielle, est aussi son entraîneur d'athlétisme. Plus simple pour mener le double projet. Mais ça ne dure pas longtemps. La saison démarre à peine quand arrive une sélection pour le championnat d'Europe. Réunion avec le staff. On parle avenir.
« J'ai dit à Jimmy qu'il pouvait ambitionner de jouer en CFA alors que l'athlétisme pouvait le mener bien plus haut, se rappelle Fabien Dagneaux, le coach de l'époque. Il l'a moyennement pris, tant il tenait au foot. On lui a dit de réfléchir. Il est revenu le lendemain. "OK pour l'athlé, mais ce sera pour aller aux Mondiaux et aux JO." »
Aujourd'hui, Fabien Dagneaux entraîne Boulogne en Ligue 2. Et Gressier ne le lâche pas : « Je le chambre en mode "si tu as besoin d'un couloir droit, je suis là". » Lundi encore, au téléphone, ça n'a pas manqué. Apostrophe assortie d'une demande plus sérieuse, celle de participer à une séance avec le groupe pro. Ça se fera.
Dans l'autre sens, le technicien a sollicité un message vidéo de motivation à l'adresse de ses joueurs, en difficulté. Le lendemain, ils ont signé leur première victoire de la saison. Gressier sera là pour les suivantes, il a déjà pris son abonnement.