La retransmission de l'Ultra-Trail du Mont-Blanc (UTMB), qui attire plusieurs millions de téléspectateurs, est rendue possible grâce à des cadreurs au profil rare.Les téléspectateurs du Tour de France admirent chaque été ses cameramen acrobates, dressés à l'arrière de motos lancées dans des cols. Ils seraient tout aussi épatés s'ils voyaient à l'œuvre les cadreurs de l'Ultra-Trail du Mont-Blanc (UTMB).
Entre le 22 et 24 août, les 4 millions de curieux qui devraient être rivés sur le direct proposé par lequipe.fr, détenteur des droits en France, leur devront leurs émotions. C'est grâce à eux qu'ils se glisseront dans la foulée des meilleurs, tel le quadruple vainqueur François D'Haene. Sans se douter de la complexité de leur tâche.
Pour être déclarés aptes, ces solistes doivent cumuler les atouts : une sensibilité au cadrage, la capacité de surmonter seul un incident technique et des qualités athlétiques suffisantes pour coller aux champions dans les montées brutales ou les descentes piégeuses. Une gageure, doublée de handicaps : ils courent en tenant une perche surmontée d'une caméra miniature GoPro, lestés de 2,4 kilos de batteries externes, d'antennes 4G/5G et d'émetteurs. Ils ne peuvent s'alimenter régulièrement mais ont l'obligation de répondre au réalisateur et à la régie, qui les rappellent à l'ordre si le plan laisse à désirer.
« Une gamelle en direct »
Contrairement aux héros de l'UTMB, ils ne s'infligent pas 174 kilomètres d'un trait, ni même 57 ou 101 kilomètres, autres distances de l'épreuve basée à Chamonix (Haute-Savoie), mais au moins 10 kilomètres, avant d'être relayés par un collègue, parfois en pleine pente. Tout mis bout à bout, leurs journées peuvent compter huit heures de crapahutage et une trentaine de kilomètres.
Stéphane Colineau, envoyé spécial à Gressoney-La-Trinité (Italie)