Malek Boukerchi est un homme qui tient la distance. En 2020, le coureur de l’extrême a avalé 1.580 kilomètres en 20 jours dans le désert mauritanien. Aujourd’hui, il se contentera de prendre le départ du marathon de New York (14 heures, La chaîne L’Équipe). Cet ancien footballeur a déjà bouclé 42,195 kilomètres en 2h50, performance réservée aux aristocrates du bitume.
Cette fois, finir en moins de 8 heures lui conviendrait. Rien à voir avec ses 52 ans, qu’il porte beau. Il a choisi de s’adapter au rythme de Farouk, méritant chauffeur VTC de 100 kilos. Il l’a convaincu de s’engager, comme 25 autres jeunes en difficulté, repérés grâce à des missions locales partout en France.
« Courir, je m’en fous », assure sans rire Malek Boukerchi. Reconnecter corps et esprit, démythifier l’impossible, réunir : voilà les quêtes de cet anthropologue de métier, élevé dans un quartier difficile de Mulhouse (Haut-Rhin). Il les poursuit à travers son association Les 42 ; comme la distance d’un marathon, le nombre de semaines de préparation et le montant de la cotisation demandée aux adhérents depuis sa création en 2022. Un an plus tard, ses premières recrues couraient le marathon d’Athènes.
« Il y a deux manières de passer ta vie, leur répétait-il déjà. Soit tu pleures, soit tu chantes. Moi, je préfère chanter. Mon papa, kabyle, m’a enseigné à voir le possible là où les autres voient l’impossible. » Le décès de sa mère, à l’adolescence, a forgé en lui une autre conviction. « On n’a jamais su comment elle était partie. J’ai compris qu’il aurait fallu l’accompagner sur le plan psychologique, que la puissance des mots aurait pu faire quelque chose. C’est comme ça que j’ai basculé dans des études d’anthropologie narrative. »