Cinq projets prometteurs distingués au Forum EnerGaïa

Forum ENERGAIA
DR
PROPOSÉ PAR
La Tribune Now - Actualités et analyses
Malgré l’incertitude dans laquelle est plongée la filière des énergies renouvelables (EnR), le gouvernement n’ayant toujours pas validé la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), l’affluence des participants (22 500) au salon EnerGaïa, qui s’est tenu à Montpellier les 10 et 11 décembre 2025, a une nouvelle fois montré l’intérêt croissant de tous les acteurs pour la transition énergétique.
Lancés l’an dernier pour valoriser les avancées technologiques et les solutions innovantes, les Trophées de l’innovation EnerGaïa, reconduits cette année, ont récompensé cinq lauréats pour leurs projets audacieux et reproductibles.
Evoluant sur un marché en croissance continue, l’entreprise nantaise HelioRec (6 salariés) créée en 2019, a fait le pari du photovoltaïque flottant non seulement sur les lacs mais aussi en mer. Son dernier système (W-300A), intégrant des mécanismes brevetés de verrouillage hydraulique, de refroidissement passif et d’absorption des chocs, résiste à des vagues de 4 mètres et des vents soufflant jusqu’à 200 km/heure. « Nos flotteurs sont conçus pour contenir de l’eau sans avoir besoin d’ajouter des matériaux de ballast et des connecteurs flexibles en caoutchouc aident à réduire le stress mécanique sur le système. Ce système modulaire, qui n’impacte absolument pas la faune ou la flore, permet en outre d’augmenter la taille et la puissance de la centrale. La solution est idéale pour les grands ports ou les industries maritimes n’ayant pas de foncier mais disposant de surfaces aquatiques non utilisées » synthétise Polina Vasilenko, fondatrice et CEO HelioRec. Adapté à 70% des littoraux mondiaux, l’innovation intègre 70% de plastique recyclé avec un CAPEX compétitif équivalent au solaire en toiture. Un démonstrateur (25 KW de puissance) a déjà été installé à Brest et des discussions sont en cours pour la commercialisation. Avec ce Trophée (Prix International) qui va lui apporter reconnaissance et visibilité, la jeune dirigeante voit là aussi une validation de son innovation pour partir à la conquête de nouveaux marchés, en France mais aussi en Europe et en Asie.
Opérateur indépendant en énergies renouvelables, Valorem (550 salariés, 184 Millions d’euros de chiffre d’affaires) remporte le Trophée dans la catégorie Ecosystème pour le parc éolien citoyen d’Andilly-Les-Marais (17). Initié en 2017 par la commune souhaitant une réappropriation du cycle de l’énergie par les citoyens, ce projet a été co-développé avec le fonds d’investissement Terra Energies mais également 400 sociétaires de la Coopec (société coopérative locale) réunissant des citoyens âgés de 6 mois à 80 ans, la communauté de communes, des associations… « L’idée de ce projet était non seulement de partager la valeur avec ce territoire mais la gouvernance puisque les sociétaires détiennent 31% du capital (Valorem 51% et Terra Energies 18%) et ont un pouvoir majoritaire dans les décisions. Ils ont par exemple choisi de vendre leur électricité à Enercoop et grâce aux bénéfices (62 000 euros annuels NDLR), ils souhaitent développer la mobilité douce, détaille Virginie Reydy, chargée de communication Valorem. Inauguré en mai dernier, le parc est composé de 3 éoliennes capables de produire 48,5 megawatts, soit l’équivalent de la consommation électrique de 10 600 foyers. Alors qu’un projet classique prend en moyenne une dizaine d’années avant d’émerger, celui-ci a été bouclé en cinq ans. « Nous sommes très fiers, se félicite Virginie Reydy, d’avoir participé à ce modèle qui permet non seulement d’éviter les blocages ou les recours, mais s’inscrit dans une vision d’intérêt collectif, de partage, de durabilité et de souveraineté ».
Fondé en 2019 par trois ingénieurs issus du groupe SLB, Celsius Energy développe des solutions pour rendre la géothermie de surface encore plus accessible et performante. Sa dernière innovation, qui vient d’être primée dans la catégorie Déployabilité, porte sur des sondes géothermiques inclinées permettant de diviser par 100 l’emprise au sol. « Les sondes géothermiques verticales, habituellement utilisées, nécessitent un espacement de 10 mètres les unes des autres afin qu’elles ne gênent pas la collecte ou la dissipation de chaleur. L’installation requiert donc énormément d’espace. Avec la technologie de forage incliné, la surface au sol immobilisée est équivalente à deux places de parking (20m2), cela favorise la faisabilité de chantiers en milieux denses (urbains…): en phase de travaux, cette emprise réduite est très appréciable si le lieu est fréquenté et cela permet aussi aux propriétaires de conserver la valeur foncière de leurs terrains », résume Thomas Dessus, ingénieur commercial Celsius Energy. Brevetée, l’innovation a été testée au siège social de Clamart et au centre technologique du groupe SLB (Royaume-Uni) puis commercialisée auprès de plusieurs clients, dont la Banque Populaire Auvergne Rhône Alpes dans le cadre de sa réhabilitation énergétique - 12 sondes déployées à 120 mètres de profondeur pour chauffer et rafraîchir le bâtiment administratif de 7 680 m2. La solution a également été retenue par la Fondation Mansart pour la réhabilitation de quatre bâtiments historiques (château de Bagatelle, Trianon) dans le parc du bois de Boulogne à Paris.
L’actualité qui compte pour vous, chaque jour dans votre boîte mail.

Toitures endommagées, véhicules abimés…ces dernières années, les épisodes de grêle, pas forcément plus fréquents, sont en revanche plus violents. Face à ce constat, Voltec Solar, fabricant alsacien de panneaux (créé en 2009) a travaillé sur un module (4e version à ce jour) conçu pour résister à des impacts violents, sans dommage visible ni perte de performance. « Grâce à un procédé de trempe renforcé sans antimoine, qui nous a permis d’obtenir la certification RG5, notre solution, baptisée Tarka Diamant, est dix fois plus résistante que n’importe quel module sur le marché; nous sommes d’ailleurs les seuls fabricants au monde à proposer une garantie constructeur (30 ans) contre les dommages liés à la grêle », assure Thomas Regrettier responsable technique Voltec Solar. Conçu et assemblé en Alsace, le module s’appuie sur un réseau de partenaires français et européens. « Fabriquer en France n’est plus un pari, c’est une stratégie de souveraineté, ajoute Thomas Regrettier. Face à force de frappe de la concurrence chinoise, nous sommes très fiers de notre solution, réalisée sans budget par une petite équipe de cinq personnes. Remporter le prix dans la catégorie Circularité au Salon EnerGaïa est la démonstration concrète que rien n’est impossible. »
Flambée des prix de l’électricité, nouvelles exigences environnementales…les ports de plaisance doivent eux aussi faire face aux défis énergétiques. Expert en génie électrique et gestion énergétique, Snef (siège social à Marseille) accompagne Littoral Énergies Partagées dans le développement de la solution Boat to Grid pour réduire la dépendance énergétique des ports. « Bertrand Castelnérac, fondateur de la société de Littoral Énergies Partagées et les équipes engagées sur le projet s’appuient sur le constat que les bateaux, souvent équipés de panneaux solaires, batteries et éoliennes, sont à quai 80% du temps et donc que le surplus d’énergie généré reste inexploité, contextualise Remi Claret, ingénieur et pilote de contrat chez Snef. Basé sur l‘autoconsommation collective, notre système vise à exploiter les énergies dormantes produites par ces bateaux à quai en créant du lien entre plaisanciers, port et réseau de la ville. » Une première expérimentation menée en Bretagne a montré que le système pouvait produire plus de la moitié de la consommation annuelle du port avec seulement un quart des bateaux connectés au réseau. Le défi sera maintenant d’arriver à homogénéiser les équipements. L’innovation, qui a reçu le prix Coup de cœur de la région Occitanie Pyrénées/Méditerranée, pourrait être expérimentée à Port-Camargue, premier port de plaisance d’Europe.