L’intelligence artificielle va-t-elle vraiment nous remplacer ou redéfinir la valeur de l'humain au travail ?

Romain Mandry, Directeur général adjoint du groupe Everience
Romain Mandry

Romain Mandry, Directeur général adjoint du groupe Everience
Romain Mandry
Depuis la première révolution industrielle, le fantasme de la machine supplantant l’homme hante l’imaginaire collectif. L’arrivée de l’IA générative marque un tournant inédit : pour la première fois, ce ne sont plus seulement les bras, mais les pans entiers de la réflexion et de l'expertise qui peuvent être automatisés.
Face à ce séisme, la question de notre remplacement est sur toutes les lèvres. L'entreprise doit-elle subir l'IA ou s’en emparer pour redéfinir le sens du travail ? Pour Everience, qui accompagne les grands comptes dans leur transformation digitale, la réponse réside dans une réinvention profonde des compétences.
Quelques organisations utilisent en effet le prétexte technologique pour masquer des suppressions de postes répondant à des impératifs économiques. En réalité, l'IA est alors l'arbre qui cache la forêt de contractions budgétaires globales.
Romain Mandry appelle à rejeter les discours simplistes sur la fin du travail. Si certains géants de la tech affichent des réductions d’effectifs liées à l’IA, la réalité est plus complexe.
Le dirigeant souligne que l'IA ne rend pas les métiers obsolètes, mais bouscule les manières rigides d'organiser l'activité. Un emploi est un ensemble complexe de relations humaines et de décisions, tandis qu'une tâche n'est qu'une action isolée. Si l'IA peut automatiser une tâche, elle ne remplace pas la fonction globale d'un collaborateur. Sa conviction est profonde : la question ne doit pas être la rentabilité immédiate, mais l'apport à l'intelligence collective. En libérant l'humain des processus automatisables, on lui redonne sa place de pilote stratégique.
Romain Mandry introduit une notion fondamentale : l’écologie du travail. Ce concept dépasse le cadre contractuel pour s'inscrire dans une dimension systémique. Il considère l’entreprise comme un organisme qui repose sur un équilibre des parties prenantes : l'harmonie doit profiter au salarié (bien-être), à sa famille (équilibre vie professionnelle/personnelle), au client (qualité de service) et aux partenaires (éthique commerciale).
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Or, l’IA menace cet équilibre si son introduction n’est pas maîtrisée dans les organisations. Lorsqu’un salarié utilise l'IA pour gagner deux heures de productivité, mais que cela génère un stress lié à la peur du remplacement ou une porosité excessive avec sa vie familiale, l'écosystème est menacé. Cette approche est d'autant plus urgente face au « Shadow AI », soit l'utilisation non officielle d'outils d'IA par les salariés sans cadre défini par l'entreprise.
Ne pas agir face à cet usage sauvage, c’est laisser s’installer des disparités de savoir-faire outre les risques majeurs pour la sécurité des données. Everience prône une approche proactive. Si la direction ne définit pas de règles claires ni d'outils adaptés, le collaborateur utilisera ses propres solutions par souci d'efficacité. L'IA doit être appréhendée comme un sujet de société qui demande une boussole stratégique pour éviter que les gains de productivité ne fragilisent l'équilibre collectif.
Pour rendre cette vision concrète, Everience a lancé la Symbiotic Academy. Ce hub de formation ne se contente pas d'enseigner la technique, il devient le laboratoire de l'hybridation des métiers. Son ambition est d’anticiper les tendances avec le monde universitaire pour dessiner une trajectoire où l’humain reste le moteur de la valeur. L'approche est personnalisée car on ne peut apporter de réponse stéréotypée à des métiers aussi variés que le support informatique, la finance ou le commerce.
Pour un contrôleur de gestion, l'IA automatise la collecte de données pour libérer un temps précieux consacré à l'analyse stratégique. Pour les commerciaux, elle accélère le traitement des appels d'offres, permettant de se concentrer sur la relation client.
Romain Mandry défend un paradoxe stimulant : l'IA nous oblige à être plus humains. Là où l'ère industrielle forçait l'homme à agir comme une machine, l'IA délègue la mécanique à l'algorithme. Cela rend à l'humain sa singularité naturelle, avec son jugement critique, ses intuitions et ses émotions. Cette singularité est le capital le plus précieux de l'entreprise moderne.
Face à l’attentisme de certains dirigeants, Everience souligne la nécessité d'anticiper le mouvement dès aujourd'hui. La formation ne doit plus être un événement ponctuel mais une infusion permanente de savoir.
Dans ce nouveau paradigme, la clarté de la vision est plus cruciale que le seul gain de productivité à court terme. Il est indispensable de réinventer les rôles plutôt que de chercher à réduire les effectifs par le seul prisme technologique.
L’IA est un accélérateur de puissance sans précédent, mais c’est l’écologie du travail qui garantira une croissance durable.
En plaçant l'accompagnement humain au cœur de la technologie, Everience s'assure que cette révolution numérique se fasse avec les talents pour construire une entreprise résiliente. L'humanité n'est pas en compétition avec l'intelligence artificielle ; elle est appelée à la diriger pour redonner du sens au travail en cultivant sa force distinctive, que constituent la réflexion, le sentiment et la vision à long terme.
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