Journée de l’ingénierie à Lyon : l’ingénieur, architecte indispensable d’un monde en transition

Journée de l'ingénierie
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Le constat est sans appel : « Nous ne croyons pas ce que nous savons », a lancé le réalisateur et écrivain Cyril Dion, grand témoin de cette journée. Face à une dévastation écologique qui s'accélère, avec 7 des 9 limites planétaires déjà dépassées, le modèle de société fondé sur la croissance infinie est sommé de se réinventer. Pour les acteurs académiques et socio-économiques réunis à Lyon, l'ingénieur n'est plus seulement un technicien, mais un maillon politique et citoyen capable de changer le jeu.
La question de la neutralité carbone à l'horizon 2050 impose aux entreprises une trajectoire radicale. Natacha Gondran, enseignante-chercheuse à Mines Saint-Étienne, a rappelé que même le mix électrique français, bien que décarboné, n’est pas soutenable au regard des limites planétaires, notamment à cause de sa pression sur d'autres ressources. Pour Xavier Piechaczyk, PDG du groupe RATP, l'ingénieur est le pivot de cette mutation complexe : « Il faut des gens qui pensent système. Et ceux qui pensent système, je vous signale que c’est les ingénieurs ». Il a toutefois rappelé la réalité économique de ce défi : « Si cette décarbonation était facile, accessible et que tous les investissements étaient rentables [...] on serait déjà complètement décarboné et pourtant ce n’est pas le cas du tout ».
Dans cette course, des géants comme Michelin affichent déjà des résultats, avec 47% de réduction d'émissions depuis 2019. Pierre-Martin Huet a souligné que l’innovation doit désormais se concentrer sur l’ensemble du cycle de vie du produit, précisant que 120 millions de tonnes de CO2 sont liées à l’usage des pneus.
La sécheresse de 2022 a marqué un tournant brutal pour les industriels de la région Auvergne-Rhône-Alpes. « L’eau, avant, on en avait, on ne se posait pas la question », a résumé Jérôme Tessier (Naldeo). Désormais, les entreprises doivent piloter leur « empreinte hydrique » avec la même rigueur que leur bilan carbone. Des solutions de sobriété émergent, comme l’optimisation des process industriels. À la centrale nucléaire du Bugey, la maîtrise de l'eau est devenue un enjeu de résilience face au réchauffement du Rhône, poussant l'ingénierie à inventer des systèmes de récupération de vapeur.
L’irruption de l’intelligence artificielle générative dans les produits et infrastructures soulève des questions de responsabilité inédites. Pour Laurence Devillers, chercheuse au CNRS, l'ingénieur doit impérativement développer un esprit critique : « C’est vraiment une machine qu’il faut absolument challenger. Et moi j’aime bien le terme de challenger l’IA. [...] Il y a aucune vérification de la véracité ». Elle rappelle que ces systèmes, malgré leurs apparences, ne possèdent aucune connaissance réelle : « Elles n'ont aucune connaissance de qui sont les humains. [...] Ce sont des outils relationnels, des outils sociaux ». Pour elle, l'ingénieur doit « ouvrir le capot » de ces systèmes pour en garder la maîtrise technique et éthique.
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La sociologue Laure Flandrin a interrogé la posture des jeunes diplômés face à ces enjeux, entre fidélité à l’entreprise, prise de parole interne et défection. Ce besoin de transformation est désormais ressenti au sommet des grandes organisations. Karine de Boissezon (EDF) a témoigné de ce basculement provoqué par la pression des étudiants : « Il y a eu le même épisodes [...] on a reçu le questionnaire de pour un réveil écologique [...] et pour moi ça a été un réveil sur le fait que on était pas à la hauteur notamment sur la sensibilisation et la formation ».
En conclusion, la 2e édition de la Journée de l’ingénierie à Lyon a réaffirmé que l’ingénieur n’est plus un simple exécutant technique, mais un pivot indispensable des transitions. Face aux défis climatiques, technologiques et sociétaux, l’engagement des jeunes générations apparaît décisif. Comme l’a rappelé Cyril Dion, « le monde de demain dépend de celles et ceux qui auront le courage de l’imaginer autrement ». Dans cette dynamique, la question de la mixité s’impose comme un levier essentiel pour élargir les regards et enrichir les réponses apportées à ces enjeux. La région Auvergne-Rhône-Alpes, première région industrielle de France, s’est engagée dans un plan massif visant à former 25 % d'ingénieurs et techniciens supplémentaires d'ici 2028.