Interdites par la directive européenne sur les plastiques à usage unique, les pailles illustrent aujourd’hui les ambiguïtés d’une transition écologique. Leurs substituts jetables sont pointés du doigt et les accusations de greenwashing émergent.Depuis l’entrée en vigueur de la directive européenne SUP (Single Use Plastics) en 2021, les pailles en plastique à usage unique ont disparu du marché européen. L’objectif : réduire drastiquement la pollution plastique, notamment marine.
Mais faute de critères précis sur le degré de biosourcé ou sur la transformation chimique des matériaux, le texte a aussi laissé émerger une zone grise réglementaire. Résultat : une prolifération de pailles dites « écologiques », souvent importées, parfois composées en partie de polymères issus du pétrole, et presque toujours jetées après un seul usage.
« On a remplacé un problème par un autre, sans remettre en cause le modèle du jetable », résume Frédéric Soyez, président de Soyez Frères, entreprise historique de la Nièvre, longtemps leader européen de la paille plastique.
« La réglementation a été brutale. Elle n’a pas laissé le temps à l’industrie française de s’adapter correctement, et elle a ouvert la porte à des produits qui contredisent l’esprit même de la loi. »
L’empreinte écologique se joue aussi dans le procédé
Straws-berry, jeune entreprise fondée par Carl Cillard, il y a quatre ans, compte une vingtaine de collaborateurs. Elle a produit 60 millions de pailles en 2025. A l’origine, le fondateur s’est interrogé sur la réalité des bioplastiques proposés sur le marché.
« En creusant, je me suis rendu compte que 99 % des pailles dites biosourcées contenaient encore du pétrole », affirme-t-il.
La start-up fait alors le choix de développer une paille 100 % française, brevetée, à partir de maïs français, de fibres de bois et de minéraux bretons. Particularité majeure : un procédé de fabrication à basse température (moins de 90 °C), contre 160 °C en moyenne dans la plasturgie classique. « L’impact environnemental ne se joue pas seulement sur la matière, mais aussi sur la façon dont on la transforme », insiste Carl Cillard. « Produire à basse température, c’est réduire fortement la consommation d’énergie et l’empreinte carbone. » Réutilisables jusqu’à vingt fois, certifiées compostables et bientôt « ocean friendly », ces pailles visent un objectif clair : être les moins impactantes possible, y compris en cas de fuite dans l’environnement.