Devenue virale après qu’Emmanuel Macron est apparu publiquement portant l’une de ses montures, la maison jurassienne Henry Jullien incarne à la fois l’excellence artisanale française et la fragilité économique des savoir-faire d’exception.La scène a fait le tour des réseaux sociaux : Emmanuel Macron, lunettes de soleil au nez, propulse en quelques heures une maison presque centenaire sur le devant de la scène médiatique. « Les commandes pour le modèle Pacific 01 S sont passées de 3 à 5 par mois à 500 en une semaine dans le monde entier », se réjouit Luca Marcuzzo, responsable de la production chez Henry Jullien. Pour la manufacture jurassienne fondée en 1921, ce coup de projecteur agit comme un révélateur.
Derrière le buzz, l’équation économique demeure délicate. Rachetée en 2023 par le groupe italien iVision Tech après plusieurs années de pertes, la maison française ne pèse aujourd’hui qu’environ un million d’euros de chiffre d’affaires. Cela représente près de 15 % de l’activité du groupe (7 millions d’euros). La structure reste légère : dix salariés seulement, répartis à parts égales entre production artisanale et fonctions commerciales. « Nous sommes dans une situation saine. On ne perd pas d’argent », reconnaît Stefano Fulchir, PDG d’iVision Tech.
Cette formule prudente résume la réalité financière de la filiale. Selon un document d’analystes publié fin 2025, l’unité « Maison Henry Jullien » aurait généré environ 0,6 million d’euros de chiffre d’affaires en 2023. Son Ebitda proche de 0,38 million d’euros affiche une marge de près de 30 %, pour un résultat net positif d’environ 170 000 euros. Ce retournement notable succède à plusieurs exercices déficitaires.
Mais cet équilibre repose sur le soutien du groupe italien, qui finance les stocks. « Depuis le rachat, nous avons relancé la production et accumulé du stock - près de 20 000 montures – même si les commandes n’étaient pas encore relancées », confie Luca Marcuzzo. Le groupe a investi massivement dans la communication, notamment 150 000 euros annuels pour les salons professionnels Silmo et Mido. « Créer une marque est extrêmement difficile. Sans l’appui du groupe, Henry Jullien n’aurait pas pu se repositionner », insiste Stefano Fulchir.