Entre tensions géopolitiques, crise du logement et dérèglement climatique, la filière bois française avance sur une ligne de crête. Résiliente malgré la pression, elle s’appuie sur ses atouts environnementaux et industriels pour préparer l’avenir.Conflit au Moyen-Orient, incertitudes commerciales, ralentissement de la demande chinoise… La filière bois n’échappe pas aux secousses géopolitiques qui traversent l’économie mondiale. Si la France reste relativement peu dépendante de certains marchés, elle subit néanmoins des effets indirects. « Comme dans tous les secteurs, le contexte est un peu compliqué », résume Géraldine Cesbron, déléguée générale adjointe de FIBOIS Pays de la Loire et commissaire générale du Carrefour international du bois qui ouvre ses portes début juin à Nantes (Loire-Atlantique).
La hausse des coûts énergétiques et du transport, liée notamment aux tensions internationales, se répercute tout au long de la chaîne de valeur. « Le coût du transport a augmenté de plus de 10 % à 15 % depuis le mois de mars », indique à La Tribune Olivier Chapeau, président de France Poutres, une PME vendéenne de 45 salariés spécialisée dans les structures bois.
Même peu exposée directement à certains marchés, la filière reste vulnérable aux déséquilibres globaux. « On peut être touchés mais plus secondairement que frontalement », observe Anne Duisabeau, directrice de France Bois Forêt, l’interprofession nationale de la filière. Si les exportations vers les États-Unis restent marginales, les effets de ricochet sont bien réels : redéploiement des flux, tensions sur les prix et concurrence accrue sur le marché européen.
Construction : un marché en crise
Le principal moteur de la filière, la construction, traverse une phase difficile. La baisse des permis de construire et des mises en chantier pèse directement sur l’activité. « Quand il y a moins de logements, il y a moins de poutres », résume simplement Olivier Chapeau, dont l’activité liée à la structure bois recule d’environ 10 % depuis fin 2025 quand le chiffre d’affaires annuel atteint 15 millions d’euros. Dans ce contexte, la filière avance à contre-courant grâce à des facteurs structurels favorables. « Le principal rôle de la forêt en matière de production est aujourd’hui de fournir du bois d’œuvre pour la construction », rappelle Anne Duisabeau.