890 millions d'euros : l'amende européenne contre Google qui va fâcher Trump
latribune.fr
La Commission européenne sanctionne Google de 890 M€ pour avoir favorisé ses services et restreint les alternatives sur le Play Store, en violation du DMA.
La Commission européenne inflige 890 millions d’euros d’amendes à Google pour violation du Digital Markets Act, en visant son moteur de recherche et le Play Store. À Washington, 25 élus républicains pressent Donald Trump de riposter, jusqu’à brandir la menace de nouveaux droits de douane.
La Commission européenne inflige à Google 890 millions d’euros d’amendes pour violation du règlement sur les marchés numériques (DMA). Elle sanctionne à la fois la préférence accordée par le moteur de recherche à ses propres services dans les résultats, et des clauses « anti-steering » dans le Play Store empêchant les développeurs d’orienter les utilisateurs vers des offres alternatives souvent moins chères.
La décision détaille 460 millions d’euros pour la mise en avant de services maison (shopping, hôtels, transports) et 430 millions pour les restrictions sur les canaux de vente concurrents. Google dispose de 60 jours pour se mettre en conformité, sous peine de nouvelles sanctions.
Un test de crédibilité pour le DMA
Pour Bruxelles, ce dossier constitue un test de crédibilité du Digital Markets Act. Ce texte impose aux « gatekeepers » (les plateformes plus ou moins incontournables du Web) des obligations ex ante : ne pas favoriser leurs propres services, garantir l’accès aux données des entreprises utilisatrices et éviter d’enfermer les développeurs dans un seul canal de distribution. En ciblant à la fois Google Search et le Play Store, la Commission touche aux deux leviers centraux de captation du trafic et des revenus du groupe.
Les responsables européens assument une ligne offensive. Teresa Ribera affirme que les meilleurs produits doivent l’emporter « parce qu’ils sont meilleurs, pas parce qu’ils appartiennent à l’entreprise qui contrôle le moteur de recherche », et insiste sur le droit des consommateurs à connaître les meilleures offres, même hors des circuits commissionnés. Henna Virkkunen y voit un signal envoyé aux géants de la tech : la non-conformité au DMA ne sera pas tolérée sur les segments critiques.
Tensions politiques avec Washington
Aux États-Unis, la sanction est dénoncée par une partie des élus républicains comme un biais systémique de la régulation européenne contre les groupes technologiques américains. Dans une lettre adressée à Donald Trump, 25 parlementaires évoquent des « des lois, politiques ou pratiques discriminatoires» et une stratégie de coercition économique visant Google mais aussi Amazon, Apple, Meta, Microsoft, Booking ou TikTok.
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Ils reprochent au DMA de cibler surtout des entreprises américaines, tout en laissant pour l’instant hors de son champ certains acteurs chinois faute de seuils d’utilisateurs. Bruxelles rétorque que les désignations reposent sur des critères objectifs et revendique son « droit souverain » de réguler les activités économiques sur son territoire.
La menace commerciale américaine
Les élus républicains appellent à utiliser la section 301 du Trade Act de 1974, qui permet d’enquêter sur des pratiques jugées déloyales et d’imposer des droits de douane ou des mesures de rétorsion. L’objectif est explicite : signifier que « l’accès de l’UE au marché américain n’est pas garanti » si les règles numériques européennes persistent.
Trump avait déjà brandi cette menace après une amende de 2,95 milliards d’euros infligée à Google en 2025 pour des abus dans la publicité en ligne. La nouveauté tient à l’articulation assumée entre régulation numérique et politique commerciale, transformant le DMA en enjeu géoéconomique central.
Bruxelles campe sur la souveraineté
La Commission durcit sa position malgré le risque de tensions transatlantiques. Elle rappelle que l’UE « a le droit souverain de réguler les activités économiques » et appliquera ses règles « de manière équitable et non discriminatoire ». L’objectif est d’imposer un cadre durable de gouvernance numérique, du DMA au DSA, sans céder aux pressions commerciales.
L’amende s’inscrit dans un calendrier plus large visant l’écosystème Google. Depuis janvier 2026, la Commission pousse à l’interopérabilité d’Android, notamment pour permettre aux développeurs d’IA d’accéder aux fonctionnalités matérielles et logicielles. Elle exige aussi un accès aux données de recherche (requêtes, clics) pour les concurrents, sur des conditions FRAND, afin de réduire l’avantage lié à la masse de données.
Google se dit pris entre conformité réglementaire et préservation de l’expérience utilisateur et de la sécurité. Kent Walker affirme que certaines exigences pourraient entraîner la suppression de fonctionnalités et fragiliser des protections sur Google Play. Bruxelles reste sceptique et rappelle que le DMA vise précisément à empêcher qu’un acteur dominant conditionne l’accès à des services essentiels à des pratiques jugées déloyales, quitte à raviver un conflit frontal avec Washington.