Un nouveau visa destiné aux jeunes professionnels étrangers des secteurs des sciences et des technologies est entré en vigueur ce mercredi en Chine. Une mesure destinée à les inciter à venir travailler dans le pays, à contre-courant de la volonté affichée par les États-Unis en la matière.
La Chine fait les yeux doux aux jeunes actifs des domaines dits des STEM (pour sciences, technologies, ingénierie et mathématiques). Depuis ce 1er octobre, ceux désireux de travailler dans son pays peuvent bénéficier d’une nouvelle catégorie de visa, baptisé « visa K ».
Par rapport aux visas de travail ou de recherche existants déjà, ce petit dernier ne requiert pas d’invitation préalable de la part d’un employeur ou d’une entité nationale, selon les médias d’État. Il offrirait également des « conditions potentiellement plus avantageuses concernant la fréquence des entrées, la période de validité et la durée du séjour », indique China Briefing sur son site Internet, magazine régi par le cabinet Dezan Shira & Associates, qui accompagne les investisseurs étrangers en Chine. Ce programme serait ainsi « plus attractif » pour les personnes « qui n’ont pasencore d’offre d’emploi officielle en Chine, mais souhaitent explorer les opportunités », ajoute-t-il.
Concrètement, le visa K sera délivré à une catégorie de personnes bien précise : les « jeunes talents étrangers en sciences et technologies ». Une cible définie comme des diplômés des STEM, issus « d’universités ou d’instituts de recherche reconnus dans le monde entier » et titulaires « d’une licence au minimum », détaille China Briefing. Sont également concernés les « jeunes professionnels exerçant des activités d’enseignement ou de recherche pertinentes dans ces établissements ».
Une approche qui tranche avec la plupart des programmes jusque-là en place, en Chine comme ailleurs, qui « privilégient les professionnels expérimentés au CV étoffé », analyse le média spécialisé. En ciblant les jeunes, « la Chine ne se contente pas d’importer des compétences, mais établit également des relations durables susceptibles de déboucher sur des décennies de collaboration », souligne-t-il.
Pied de nez aux États-Unis
En tentant d’attirer la jeunesse qualifiée étrangère, la Chine fait en outre l’extrême inverse de son grand rival américain. Fin septembre, Donald Trump a en effet annoncer la mise en place d’une mesure contraignante – des frais annuels de 100 000 dollars – pour freiner les demandes de certains visas de travail très utilisés dans le secteur technologique. Le président américain affiche depuis son premier mandat sa volonté de les limiter afin de donner la priorité aux travailleurs américains, bien que cette décision ne fasse pas l’unanimité.
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Un contre-pied pleinement revendiqué par Pékin. « Alors que certains pays se replient sur eux-mêmes et marginalisent les talents internationaux, la Chine saisit avec enthousiasme une opportunité majeure et introduit sans attendre cette politique qui aura un impact majeur sur le développement futur du pays », revendiquait mardi sur les réseaux sociaux le Quotidien du Peuple, organe du Parti communiste chinois au pouvoir.
En agissant de la sorte, la Chine envoie un « signal différent » par rapport à ces pays qui durcissent l’immigration des travailleurs, estime China Briefing. « Cela pourrait renforcer le "soft power" de la Chine auprès de la jeunesse mondiale dans les domaines scientifiques et technologiques », ajoute-t-il.
Pleins feux sur les nouvelles technos
Cette stratégie s’inscrit dans une volonté plus large de Pékin de faire des nouvelles technologies, et notamment de l’intelligence artificielle (IA), le moteur de sa croissance économique future. Ce, alors que la deuxième puissance économique mondiale peine à assurer sa relance depuis la pandémie de Covid-19, avec une croissance qui a « seulement » atteint 5 % en 2024, loin de ses niveaux à deux chiffres des deux précédentes décennies.
En plus de pouvoir « aider la Chine à sortir de la stagnation et de la déflation », l’IA devrait aussi l’aider à résoudre la future pénurie de main-d’œuvre qui la guette, expliquaient en février dernier à l’AFP les analystes du cabinet ANZ. Le pays, qui a longtemps compté sur une main-d’œuvre abondante pour stimuler sa croissance économique, fait face à un vieillissement de sa population. Les seniors sont de plus en plus nombreux alors que les naissances s’affichent en chute libre. Plus de 310 millions de Chinois sont ainsi âgés de plus de 60 ans, sur une population de plus de 1,4 milliard d’habitants. Un défi de taille, parmi d’autres, que la Chine va devoir surmonter.