Patrick Martin, président du Medef, et Bruno Le Maire, ancien ministre de l'Economie, des Finances et de la Souveraineté Industrielle et Numérique, Conseiller spécial de ASML.
SPÉCIAL AIM 2025 - Les entreprises françaises et européennes se convertissent progressivement à l'IA afin de profiter de ses avantages. Ce faisant, elles se mettent dans la main des géants américains. Mais il est encore possible de lutter, estiment Patrick Martin et Bruno Le Maire.
Des batailles technologiques ont été perdues par l'Europe, certes, mais pas encore la guerre de l'intelligence artificielle (IA)... Pour Bruno Le Maire, « il n'est pas trop tard pour livrer le combat ». Car l'ancien ancien ministre de l'Economie, des Finances et de la Souveraineté Industrielle et Numérique, devenu conseiller spécial d'ASML (l'un des leaders mondiaux de la fabrication de machines pour l'industrie des semi-conducteurs), insiste : « L'Europe doit avoir son IA, entre les Etats-Unis et la Chine ».
Pour ce faire, il lui faut remédier à sa fragmentation, géographique et économique, en faisant jouer la coopération, voire l'intégration entre grands clients et producteurs de technologie. Au point que l'ancien locataire de Bercy préconise une règle selon laquelle 30 % des semi-conducteurs utilisés sur le Vieux Continent soient d'origine européenne à l'avenir.
« S'endetter pour l'avenir »
Une vision qui requiert de la volonté politique et de la coopération économique, mais aussi des moyens financiers... « Nous avons emprunté au niveau européen pour protéger les populations du Covid, pourquoi ne pas le faire pour protéger les jeunes du danger d'une dépendance totale à l'IA américaine ou chinoise ? », s'est demandé Bruno Le Maire en s'adressant aux jeunes présents à l'AIM, pour conclure : « S'endetter pour l'avenir est un choix fondamental ».
Autre élément d'une politique de l'IA en Europe, que Bruno Le Maire comme Pascal Cagni, président de Business France et également invité à l'AIM, mettent en avant : la force du marché européen et ses 450 millions de consommateurs. Quitte à menacer certains géants de les priver d'un tel accès, comme la Chine l'a fait vis-à-vis des Etats-Unis avec les terres rares.
Car, alors qu'elles se convertissent à l'IA, les entreprises européennes offrent une source de revenus cruciale pour les leaders mondiaux. Et si certains observateurs accusaient les françaises d'être à la traîne, elles semblent avoir compris ce que le président du Medef, Patrick Martin, appelle « l'impérieuse nécessité » de s'intéresser à cette technologie, dont l'IA générative et l'agentique. Il l'a constaté lors d'un récent tour de France visant à sensibiliser les adhérents du syndicat patronal (240 000 entreprises au total, ce qui représente 12 millions de salariés).
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Des gains de productivité au fil du temps
Les objectifs des entreprises dans ce domaine sont multiples. D'abord, il s'agit d'engranger des gains de productivité en « augmentant » les collaborateurs, qui peuvent effectuer leurs tâches plus rapidement. Mais, selon les études, les résultats sont encore mitigés. Ce qui est normal pour Patrick Martin, puisque les organisations sont dans « une phase de découverte et de mise en place. Les gains de productivité ne viendront qu'au fil du temps », avance-t-il.
Autre ambition, celle d'accroître, en particulier pour les entreprises dans les services, la satisfaction clients. C'est le cas de la SNCF, représentée par Anne Pruvot, directrice générale de SNCF Connect & Tech, à la table ronde sur l'adoption des outils d'IA par les entreprises françaises. « Les chatbots dopés à l'IA générative nous ont permis de doubler la qualité de nos réponses », indique-t-elle. Evidemment, tant les gains de productivité attendus que l'amélioration de la satisfaction client tendent vers un but ultime : améliorer la santé financière de l'entreprise ainsi que ses chances de croissance et de pérennité.
Une « grande cause nationale »
Reste des « effets de bord sur l'emploi », admet Patrick Martin. Certaines annonces de licenciements, de la part de grandes entreprises américaines, ne laissent pas de doute. Les gains de productivité ne peuvent qu'aller au mieux dans le sens d'une moindre croissance des effectifs, au pire, dans celui d'un 'dégraissage'. « Nous devons donc anticiper ces effets et accompagner les entreprises », poursuit le patron des patrons.
Le Medef a donc fait des propositions sur la formation, le 15 octobre dernier. D'ailleurs, « la formation de la jeunesse doit être une grande cause nationale », déclare Patrick Martin. Outre une révision des formations pour les métiers de l'IA aux forts débouchés, le président du Medef insiste aussi sur un meilleur financement public de l'innovation. Et s'il accepte le principe de la protection des données et d'une réglementation européenne, il souhaite un assouplissement de ce cadre, tout en appelant à davantage de souveraineté en matière d'IA. Sous peine, pour l'Europe, de décrocher ?