Bruxelles ordonne à Meta de rouvrir WhatsApp aux IA concurrentes

Meta a immédiatement annoncé son intention de contester la décision.
/FW1FP/Matthew Lewis - REUTERS - REUTERS - Dado Ruvic

Meta a immédiatement annoncé son intention de contester la décision.
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L’affrontement entre Bruxelles et les géants américains de la technologie franchit une nouvelle étape. La Commission européenne a imposé mardi à Meta de rétablir l’accès gratuit à WhatsApp pour les assistants d’intelligence artificielle concurrents de Meta AI, son propre agent conversationnel, dans le cadre d’une enquête pour atteinte potentielle aux règles de la concurrence.
Cette décision vise directement la stratégie mise en place par le groupe de Mark Zuckerberg depuis la fin de l’année 2025. À cette date, Meta avait fermé les portes de sa messagerie aux chatbots concurrents, invoquant des raisons techniques et financières. Selon l’entreprise, l’augmentation rapide du trafic généré par ces services d’IA exerçait une pression croissante sur ses infrastructures sans compensation financière pour les coûts supplémentaires engendrés. Face aux inquiétudes de Bruxelles, qui avait ouvert une enquête l’an dernier, Meta avait tenté un compromis. En mars, le groupe avait accepté de réintégrer les assistants d’IA tiers dans WhatsApp, mais en leur imposant désormais des « frais de structure » pour accéder à la plateforme.
Une concession jugée insuffisante par l’exécutif européen. Pour la Commission, cette tarification crée une barrière susceptible de fausser la concurrence sur un marché appelé à devenir l’un des plus stratégiques de l’économie numérique. Bruxelles estime en effet que cet accès payant risque de porter « un grave préjudice à la concurrence sur le marché en pleine croissance des assistants d’IA généralistes ».
Dans l’attente des conclusions définitives de son enquête, la Commission a donc décidé d’imposer des mesures conservatoires. Meta devra rétablir les conditions d’accès antérieures et permettre à nouveau aux acteurs concurrents d’utiliser gratuitement les fonctionnalités concernées de WhatsApp. La pression est forte. « Meta doit se conformer à ces mesures dans un délai de cinq jours ouvrables », a averti Bruxelles. En cas de non-respect, le groupe s’expose à des sanctions pouvant atteindre jusqu’à 10 % de son chiffre d’affaires annuel mondial.
Pour Teresa Ribera, vice-présidente de la Commission européenne chargée de la Concurrence, l’enjeu dépasse largement le seul cas de WhatsApp. « Nous ne pouvons pas laisser les grands acteurs numériques historiques tirer profit de leur domination existante pour dicter qui, en Europe, a le droit de rivaliser et d’innover dans le domaine de l’IA », a-t-elle déclaré. Selon elle, cette décision permettra également de « préserver le libre choix des citoyens en Europe, quant aux assistants d’IA qu’ils préfèrent utiliser dans WhatsApp ».
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Meta a immédiatement annoncé son intention de contester la décision. Le groupe juge la démarche européenne injustifiée et estime qu’elle pénalise son modèle économique. « La Commission européenne a décidé qu’OpenAI (l’éditeur de ChatGPT, NDLR) et certaines des plus grandes entreprises du monde pouvaient utiliser gratuitement les fonctions payantes de WhatsApp. Il s’agit d’un abus de pouvoir (...) et nous allons en faire appel », a déclaré une porte-parole du groupe.
Cette mesure est particulièrement remarquable car il s’agit de la première décision de ce type prise par l’Union européenne depuis 2019. Elle illustre la volonté croissante de Bruxelles d’encadrer la compétition dans l’intelligence artificielle, secteur devenu un enjeu majeur de souveraineté économique et technologique.vMeta n’est d’ailleurs pas un cas isolé. Google fait lui aussi l’objet de pressions de la part de la Commission, qui souhaite faciliter l’accès des assistants d’IA concurrents à Android. Le groupe américain s’y oppose fermement, estimant que les demandes européennes pourraient fragiliser la sécurité de son système d’exploitation.
« Android est déjà pleinement ouvert et interopérable, mais nous ne pouvons pas compromettre la sécurité des appareils », a ainsi affirmé la semaine dernière Dave Kleidermacher, responsable de la sécurité d’Android chez Google. Apple est également entré dans la bataille. Le groupe de Cupertino a accusé lundi Bruxelles de retarder le lancement européen de son futur assistant d’IA, Siri AI, en raison d’une interprétation jugée excessivement stricte de la réglementation communautaire. Selon Apple, ces contraintes pourraient affecter la sécurité et la confidentialité des données de ses utilisateurs.
La Commission a rejeté ces critiques sans détour. « La loi européenne n’est pas négociable. La Commission ne peut pas accorder de passe-droit, tout comme un policier ne peut pas laisser un conducteur violer les limitations de vitesse », a rétorqué mardi Thomas Regnier, porte-parole de l’Union européenne pour les questions numériques.
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