Selon une étude de l'Apec, l’intelligence artificielle générative s’est imposée en l'espace d'un an dans le quotidien des cadres français, poussant les entreprises à accélérer leur adoption malgré un encadrement et des formations encore insuffisants.
L’intelligence artificielle générative s’installe durablement dans le quotidien des cadres français. En un an, ses usages professionnels ont fortement progressé, au point de concerner désormais un cadre sur deux au moins une fois par semaine, selon une étude de l’Association pour l’emploi des cadres (Apec) publiée ce mercredi. Les entreprises, de leur côté, voient de plus en plus l’IA comme une opportunité et encouragent davantage son utilisation, même si l’encadrement des pratiques reste encore limité.
Selon l’enquête réalisée en mars auprès de 2.000 cadres et 1.000 entreprises, 50 % des cadres utilisent désormais des outils d’IA générative au travail au moins une fois par semaine, contre 35 % un an plus tôt. Les jeunes restent les plus gros utilisateurs : 62 % des moins de 35 ans y recourent régulièrement, contre 49 % des 35-54 ans et 38 % des plus de 55 ans.
Renforcement des bénéfices perçus
L’IA s’impose avant tout comme un assistant polyvalent. Les cadres qui l’utilisent régulièrement s’en servent principalement pour « chercher des idées et alimenter leur réflexion » (77 %), « rédiger » des documents (74 %) ou encore « analyser des données ou des documents » (72 %). Les managers apparaissent particulièrement friands de ces outils : 55 % d’entre eux y ont recours chaque semaine, contre 47 % des non-managers. Ils s’en servent notamment pour « rédiger des messages à destination de leurs collaborateurs » ou « obtenir des conseils sur des problématiques managériales ».
Au-delà de la curiosité technologique, les bénéfices perçus se renforcent nettement. Parmi les utilisateurs réguliers, 92 % estiment que l’IA leur permet « de gagner en productivité, en efficacité », tandis que 84 % jugent qu’elle améliore la qualité de leur travail. Huit sur dix considèrent également qu’elle aide à trouver de nouvelles idées.
Cette diffusion rapide s’accompagne d’un changement de regard dans les entreprises. En mars 2026, 44 % des sociétés considèrent l’IA « plutôt comme une opportunité », contre 31 % en juin 2024. La perception positive progresse particulièrement dans les grandes entreprises. Dans les ETI et grands groupes, près d’une entreprise sur deux voit désormais l’IA comme une opportunité, tandis que la part de celles qui y voient une menace continue de reculer.
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Gouvernance embryonnaire
Même tendance sur les usages internes. L’utilisation des outils d’IA est désormais « acceptée et encouragée » dans 45 % des entreprises, contre 31 % en 2024. Là encore, les grandes structures avancent plus vite : 70 % des ETI et grandes entreprises déclarent encourager l’usage de l’IA.
Pour autant, la gouvernance reste embryonnaire. Les chartes d’usage ou bonnes pratiques liées à l’IA demeurent minoritaires. Seules 27 % des ETI et grandes entreprises disposent d’une charte dédiée, malgré une progression régulière. Dans les PME et surtout les TPE, ces dispositifs restent rares. Les formations spécialisées peinent également à suivre. Seuls 29 % des cadres ont bénéficié d’une formation sur l’IA, en général ou appliquée à leur métier, soit une hausse limitée de cinq points en un an.
Cette montée en puissance nourrit aussi une prise de conscience sur les transformations à venir du travail cadre. Désormais, 50 % des cadres estiment que l’IA aura « un fort impact » sur l’ensemble des métiers cadres dans les prochaines années, contre 37 % en 2025. Et 39 % pensent que leur propre métier sera fortement affecté.
Les cadres perçoivent toutefois cette révolution autant comme une opportunité que comme un risque. En mars 2026, 38 % considèrent l’IA à la fois « comme une opportunité et comme une menace » pour leur métier. Le solde entre perception positive et négative reste néanmoins favorable.
Au cœur des RH
L’étude souligne également l’émergence progressive de l’IA dans les recrutements. Dans les entreprises ayant recours à ces outils, l’IA sert d’abord à « rédiger des fiches de poste ou offres d’emploi » (81 %), mais aussi à identifier des candidatures pertinentes ou à automatiser certaines tâches administratives. Les compétences liées à l’IA deviennent d’ailleurs un critère croissant dans les embauches : 53 % des ETI et grandes entreprises jugent qu’elles seront importantes à l’avenir lors du recrutement des cadres.
Les candidats eux-mêmes s’approprient rapidement ces technologies. Parmi les cadres ayant effectué une recherche d’emploi récemment, 31 % ont utilisé l’IA générative, contre seulement 15 % fin 2024. Principal usage : « améliorer ou créer une lettre de motivation » (77 %) ou « améliorer ou créer un CV » (70 %).
Malgré cet engouement, les cadres ne croient pas à une disparition du facteur humain. Une large majorité estime que l’IA ne pourra pas remplacer totalement les conseils de professionnels RH, les relectures par des tiers ou les simulations d’entretien. Comme si, au milieu de l’automatisation croissante du travail intellectuel, demeurait encore un besoin irréductible d’accompagnement humain.