Une fois introduite dans l'open space, l'intelligence artificielle chamboule en quelques mois les habitudes de travail d'une entreprise entière. Deux chercheuses de l'université de Berkeley, en Californie, ont suivi la vie quotidienne d'une entreprise technologique américaine. Elles ont documenté comment la technologie a progressivement transformé le rythme quotidien. Leur étude a été publiée en février dans la Harvard Business Review. Les conditions de recherche étaient idéales : la société proposait à ses employés un accès aux grands outils d'IA du marché, sans pour autant les y obliger. Tout ce qui a été observé relève du volontariat.
Après huit mois de suivi, leur conclusion pourrait plaire aux dirigeants, moins aux employés. L'IA permet, sans surprise, de gagner du temps sur certaines tâches, mais intensifie une journée classique. La disparition progressive des temps de réflexion, l'empilement des missions, le débordement sur d'autres métiers ou encore la difficile déconnexion sont autant de nouvelles habitudes que les employés ont insensiblement adoptées.
La première forme d'intensification est peut-être la plus insidieuse : l'effacement progressif des temps morts. Avant l'IA, une réunion qui commence dans dix minutes permettait de ralentir. Avec un outil de génération de texte ou de code à portée de main, ces interstices deviennent des microséances de travail. Désormais, « on envoie juste un dernier prompt avant d'aller en réunion », peut-on entendre dans l'open space. Les salariés observés utilisaient l'IA pendant le déjeuner, entre deux tâches, ou pendant qu'un fichier se chargeait.