OPINION. « Pourquoi la France manque encore de licornes »
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Nikolai G. Wenzel
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Par Nikolai G. Wenzel, professeur d'économie à l'Universidad de las Hespérides (*)
Dans un récent débat, Philippe Aghion, s'inquiète du décrochage de l'Europe. L'économiste a été récompensé par le prix Nobel en 2025 pour ses recherches sur l'impact des nouvelles technologies sur la croissance économique. Il sait donc de quoi il parle quand il se lamente du décrochage technologique du Vieux continent. L'Europe manque d'innovation et manque de licornes.
Pour Aghion, le problème est simple: « Outre-Atlantique, ils ont réconcilié politique industrielle et politique de la concurrence. En Europe, on a freiné la politique industrielle au nom de la politique de concurrence. »
Sa solution? « Encourager la prise de risque de l'échec pour traduire les efforts de recherche en innovations concrètes », et ce, par « la création d'un écosystème financier capable, comme aux États-Unis, de soutenir la recherche sur le temps long.» Il conclut qu'il « faut rétablir la barre en termes d'innovation et rester dans la course mondiale concernant la productivité au travail.»
Il souligne l'importance d'un « réveil technologique de l'Europe »… mais il ne semble pas réaliser le poids de la pierre au cou que représente le modèle social européen: « Évidemment qu'on a un meilleur modèle social, mais la productivité reste la productivité.»
Parlons donc de ce modèle social, peut-être meilleur, mais certainement un fardeau fiscal qui fait suffoquer l'économie européenne et étouffe l'innovation dans son berceau. Et qui représente un choix politique bien plus pesant que la politique de concurrence issue de Bruxelles.
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Pourquoi la France n'innove pas? C'est très simple.
Les 10 % des Français les plus riches – ceux qui sont le plus susceptibles d'innover et d'investir – paient plus de 50 % d'impôts sur le revenu (et avant de crier aux inégalités, rappelons que ceux-ci contribuent à 75 % des recettes fiscales), a calculé le think tank libéral l'Ifrap.
Au-delà du revenu, le taux d'imposition sur la plus-value sur les titres boursiers (soit… l'investissement) est de 30 % (dont 17,2 % de prélèvements sociaux) et augmente à 31,4 % cette année. Il n'est pas étonnant que la France n'innove pas et n'investisse que peu. Seulement 15 % des Français possèdent des actions (contre 55 % des Américains), selon une étude HelloSafe.
Si l'État français est en guerre contre les individus qui voudraient innover, il est aussi en guerre contre les entreprises. L'impôt sur les sociétés est de 25,83 % (avec une taxe exceptionnelle à environ 41,2% sur les grandes entreprises dont le chiffre d'affaires dépasse 3 milliards d'euros)… et on s'étonne du manque de licornes !).
Mais le percepteur n'est pas seul dans sa guerre contre l'économie. Il faut rajouter le régulateur. La France est le 32ᵉ pays (sur 189) pour la facilité de faire du commerce (et 37ᵉ pour la facilité de démarrer une entreprise), selon le classement Doing Business. La France demeure dans le deuxième quart de la liberté économique dans le monde (44/145), selon la Heritage Foundation.
Le poids de l'État en France est de 57 % du PIB (contre 49% de moyenne pour l'OCDE). Ceci veut dire que, pour chaque euro créé par l'activité économique en France, 57 centimes sont contrôlés par des fonctionnaires et la classe politique – et donc seulement 43 centimes contrôlés par les foyers et les entrepreneurs.
Pas besoin d'être sorti de Normale Sup pour voir où est le problème. Mais il est tout de même curieux qu'un économiste sérieux comme M. Aghion – un spécialiste de l'innovation et de la croissance économique – ne voie pas une réalité qui crève les yeux.
Encourager… investir… innover… c'est très bien. Avec des si, on mettrait Paris en bouteille, et on arrêterait le déclin. Mais ne cherchons pas plus loin que les milliers d'obstacles et le poids d'un État qui semble tout faire pour décourager l'innovation et la croissance.
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(*)Nikolai G. Wenzel est professeur d'économie à l'Universidad de las Hespérides (Espagne), où il dirige le master et le doctorat en économie. Il est research fellow du American Institute for Economic Research (Massachusetts, USA) et member de l'IREF-Académie.
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