Le jury des "Margaret Awards", avec de gauche à droite : Julie Huguet (French Tech), Julien Khaski (Maddyness), Anne-Marie Rocco (Challenges), Josy Soussan (Mastercard), Ariane Thomas (L'Oréal Groupe)... (* : liste complète au pied de l'article)
Dédiée à l’intelligence artificielle, la 14e édition des « Margaret Awards » met en lumière six profils féminins de la tech, sur fond d’enjeu clé : le passage à l’échelle des acteurs technologiques.
Pour cette 14e édition, placée sous le thème « United by Tech », l’organisation JFD met l’accent sur l’IA, dans un contexte où ces technologies redessinent les équilibres économiques et industriels. Parrainée par l’économiste Philippe Aghion, cette promotion entend faire émerger des profils capables de conjuguer performance technologique, exigences éthiques et vision stratégique.
Le défi du passage à l’échelle
Au-delà de la mise en avant de parcours féminins, JFD inscrit cette édition dans une réflexion plus large sur la transformation de l’écosystème. Selon Delphine Remy-Boutang, fondatrice et CEO de JFD, « l’enjeu ne réside plus uniquement dans la capacité d’innovation, mais dans le passage à l’échelle des solutions développées ». Un constat appuyé par son Baromètre européen de l’IA, publié le mois dernier qui met en évidence un déficit de débouchés pour les start-up technologiques. D’après JFD, la priorité est désormais de stimuler la demande, avec un objectif de 9 % d’achats innovants auprès d’acteurs européens dans les deux prochaines années, un levier jugé essentiel pour faire émerger des acteurs industriels de premier plan.
« L’Europe de l’IA ne manque pas de talents, mais de clients pour passer à l’échelle », souligne Delphine Remy-Boutang, « Les finalistes des Margaret Awards ne se contentent pas d’innover, elles construisent une industrie compétitive dont nous avons besoin pour nous imposer technologiquement » explique-t-elle. Une lecture partagée par Philippe Aghion, prix Nobel d’économie et parrain de cette édition, pour qui la souveraineté technologique repose d’abord sur les talents capables de structurer un écosystème durable : « La mixité est un carburant indispensable pour faire émerger une force européenne capable de s’imposer dans les standards mondiaux » précise-t-il.
Six profils féminins pour incarner l’IA de demain
Les finalistes de cette édition 2026, majoritairement des scientifiques, incarnent une nouvelle génération de femmes engagées dans la bataille de la souveraineté française et européenne en matière d’IA : « Elles pensent déjà Europe » se réjouit Delphine Remy Boutang.
Toutes illustrent également la diversité des applications de l’intelligence artificielle ancrées dans des usages concrets. Dans la catégorie entrepreneure, Delphine Groll (Nabla) développe une IA médicale destinée à optimiser le temps des soignants, tandis que Roxane Laigle (Lemrock) explore les nouveaux usages du commerce dits « agentiques ». Dans la catégorie intrapreneure, les projets se positionnent sur des infrastructures critiques. Aude Durand (Iliad) travaille sur des solutions associant IA et cloud, tandis que Juliette Mattioli (Thales, projet Confiance.ai) développe des systèmes d’IA certifiables pour les industries stratégiques.
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La jeunesse aussi à l'honneur
La catégorie junior met en avant des profils particulièrement précoces, déjà engagés sur des enjeux complexes. Aaraadhana Radhakrishnan (16 ans) propose une approche d’anticipation de la gestion des déchets dangereux, tandis que Koralie Theresine (22 ans) développe un jumeau numérique pour détecter plus tôt le sepsis, une infection postopératoire grave. À travers cette sélection, JFD entend défendre une lecture de l’IA « comme levier opérationnel au service de secteurs critiques, santé, industrie, environnement et non plus comme simple terrain d’expérimentation » déclare Delphine Remy-Boutang.
Au-delà de la mise en lumière et de la reconnaissance de ces talents, les « Margaret Awards » cherchent ainsi à agir comme un levier. Cette ambition, visiblement partagée par l’ensemble des membres du jury de cette édition 2026, composé de personnalités du monde de la tech et des médias, était au cœur des délibérations qui ont eu lieu ce jeudi 19 mars. Les trois lauréates seront dévoilées le 9 avril prochain, à l’Hôtel de Lassay en présence de Yaël Braun-Pivet, présidente de l’Assemblée nationale. Elles bénéficieront du programme d’accélération de JFD, valorisé à un million d’euros, incluant mentorat, visibilité internationale et accès à des opportunités commerciales avec de grands groupes.
Dans un contexte de compétition accrue autour de l’intelligence artificielle, la capacité à élargir le vivier de talents et de leadership pourrait bien devenir un avantage décisif. Plus qu’un enjeu de représentation, la place des femmes dans la tech semble s’imposer progressivement comme une variable économique à part entière et un atout majeur pour garantir notre souveraineté en matière d’IA.
(*) Sont présents sur la photo, de gauche à droite : Julie Huguet (French Tech), Julien Khaski (Maddyness), Anne-Marie Rocco (Challenges), Josy Soussan (Mastercard), Ariane Thomas (L'Oréal Groupe), Valérie Laugier (TotalEnergies), Paulo Sol (Carrefour), Johanna Ponté (LVMH), Delphine Remy-Boutang (JFD), Stéphanie Zolesio (Groupe Casino), Sophie Iborra (La Tribune), Charlie Perreau (Les Echos), Dan Kohn (Septeo), Pascale Assémat (La Poste).