Alphabet franchit les 4 000 milliards de dollars : comment Google a repris la main face à Nvidia et Microsoft
latribune.fr
La maison mère de Google, Alphabet, est devenue le quatrième groupe Big Tech à atteindre une valorisation de 4 000 milliards de dollars, portée par l'optimisme des investisseurs quant à la capacité de ses modèles d'intelligence artificielle à rivaliser...
Alphabet intègre le cercle ultrafermé des sociétés valorisées à plus de 4 000 milliards de dollars après une hausse de son titre lundi. La maison mère de Google s'empare de la deuxième place mondiale derrière Nvidia, portée par l'accélération de Gemini.
Alphabet vient de franchir le cap symbolique des 4 000 milliards de dollars de capitalisation boursière. Lors de la séance du lundi 12 janvier 2026, l'action a progressé d'environ 1 %, assez pour hisser le groupe au rang de deuxième entreprise la plus valorisée au monde. Cette performance permet à la maison mère de Google de doubler Apple pour la première fois depuis 2019, s'installant juste derrière le leader des puces Nvidia.
Le groupe rejoint ainsi le « club des 4 000 milliards », jusqu'ici composé exclusivement de Nvidia, Microsoft et Apple. Ce rallye ne doit rien au hasard : après une année 2025 exceptionnelle où le titre a bondi de 65 % — la meilleure performance des Sept Magnifiques — l'action Alphabet poursuit sur sa lancée avec une progression de 6 % depuis le début de l'année 2026. Ce regain de confiance massif des investisseurs marque la fin des doutes sur un prétendu retard technologique face à l'alliance OpenAI-Microsoft.
Le pari de la diversification des revenus d'infrastructure
Google Cloud s'est imposé comme un levier de croissance déterminant avec des revenus en hausse de 34 % au troisième trimestre. La solidité de cette branche est attestée par un carnet de commandes non facturées atteignant le montant record de 155 milliards de dollars. Pour soutenir cette accélération, Alphabet a guidé une croissance de son capex de 75 % en 2025, investissant massivement dans les serveurs (60 %) et les centres de données (40 %).
Parallèlement, Alphabet a réussi le pari de la diversification de ses revenus d'infrastructure. Autrefois réservées à un usage interne, ses puces IA propriétaires (TPU) sont désormais louées à des clients tiers. Cette stratégie de monétisation du hardware soutient directement l'expansion de l'écosystème cloud. Le marché semble valider ce modèle de « full stack » technologique où Google contrôle aussi bien le silicium que les modèles de langage. Des analystes estiment qu'Alphabet pourrait vendre jusqu'à 1 million de puces IA par an d'ici à 2027, dopant ainsi ses revenus cloud de 11 % pour chaque tranche de 500 000 processeurs vendus.
L'offensive Gemini face au scepticisme d'OpenAI
Sur le front des produits, le déploiement du modèle Gemini 3 a transformé la perception du marché. Alors que certains utilisateurs ont jugé décevant le lancement de GPT-5 chez la concurrence, Gemini 3 a bénéficié de critiques élogieuses, notamment pour ses capacités multimodales natives et son inférence 2,5 fois plus rapide que les modèles précédents. Avec 650 millions d'utilisateurs mensuels pour l'application Gemini, Google regagne du terrain dans les flux de travail professionnels.
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Cette domination se traduit par des partenariats industriels d'envergure. Samsung prévoit ainsi de doubler en 2026 le nombre de ses appareils mobiles intégrant des fonctionnalités IA basées sur Gemini, passant de 400 à 800 millions d'appareils. Plus significatif encore, des discussions sont en cours avec Meta pour un accord de plusieurs milliards de dollars. Mark Zuckerberg envisagerait d'équiper ses data centers avec les puces IA d'Alphabet dès 2027, un signal fort de la demande pour l'infrastructure hardware de Google.
Un socle publicitaire résilient et des risques juridiques dissipés
Malgré la montée en puissance des nouvelles technologies, le cœur de métier historique reste le garant de la rentabilité. La publicité Google fait preuve d'une robustesse notable avec des revenus publicitaires de 74 milliards de dollars au troisième trimestre 2025, en hausse de 13 %. Ce socle de revenus a convaincu des investisseurs traditionnellement prudents vis-à-vis de la tech, à l'image du Berkshire Hathaway de Warren Buffett. La firme a acquis une participation de 4,3 milliards de dollars (environ 17,9 millions d'actions) au troisième trimestre 2025, faisant d'Alphabet l'une de ses dix premières holdings.
L'horizon s'est également éclairci sur le plan réglementaire. En septembre 2025, le juge Amit Mehta a refusé de prononcer le démantèlement du groupe dans le cadre d'un dossier antitrust majeur. Cette décision permet à Alphabet de conserver le contrôle de Chrome et Android, levant une hypothèque majeure qui pesait sur la structure même de l'entreprise. Bien que le juge ait interdit les contrats d'exclusivité et imposé le partage de certaines données de recherche, les marchés ont salué ce verdict comme une victoire pragmatique pour le géant du Web.
La gestion des risques au sommet de la valorisation
Si l'euphorie domine, le niveau de valorisation actuel impose une vigilance accrue. Avec une capitalisation de 4 000 milliards de dollars, l'action Alphabet se négocie autour de 31 fois ses bénéfices. Les analystes soulignent que le potentiel de hausse supplémentaire pourrait désormais être plus limité après ce rallye historique. Les hyperscalers, dont Alphabet, devraient dépenser plus de 500 milliards de dollars en infrastructure IA en 2026, un effort financier colossal qui devra se traduire par des retours sur investissement pérennes.
Plusieurs points de vigilance subsistent pour les investisseurs. La recherche représente encore plus de la moitié des revenus, rendant le groupe sensible aux cycles macroéconomiques. L'obligation de partager l'index de recherche et les données d'interaction avec des concurrents pourrait favoriser l'émergence de nouveaux acteurs de l'IA. L'intégration de l'IA générative dans les résultats de recherche (Google AI Overviews), qui séduit déjà 2 milliards d'utilisateurs par mois, risque de modifier les modèles de monétisation classiques. Enfin, l'hyperpuissance d'Alphabet soulève des enjeux de souveraineté numérique. En devenant une infrastructure critique pour les administrations et les entreprises mondiales via Gemini et ses puces, le groupe se place au centre de problématiques de dépendance technologique qui dépassent le simple cadre financier. À ce niveau de capitalisation, le moindre faux pas technologique ou ralentissement du cloud pourrait entraîner une correction significative.