DeepSeek V4 : pourquoi l'IA chinoise menace de provoquer une « catastrophe » pour Nvidia

Jensen Huang, PDG de NVIDIA, participe à la conférence mondiale sur l’IA NVIDIA GTC à San Jose, Californie, États-Unis, le 17 mars 2026.
REUTERS - Carlos Barria

Jensen Huang, PDG de NVIDIA, participe à la conférence mondiale sur l’IA NVIDIA GTC à San Jose, Californie, États-Unis, le 17 mars 2026.
REUTERS - Carlos Barria
L’annonce du nouveau modèle de DeepSeek a de quoi inquiéter Nvidia. Ce vendredi, la compagnie chinoise a lancé : « la pré-version de notre toute nouvelle série de modèles ». « DeepSeek V4, est officiellement mise en ligne et publiée en open source », a écrit l'entreprise chinoise. Un modèle dont la puissance doit égaler celle du dernier modèle de ChatGPT-5.5 et fonctionnant uniquement avec des technologies chinoises.
Interrogé sur Dwarkesh Podcast le 17 avril, quelques jours avant la sortie du nouveau modèle de l’entreprise au logo bleu, Jensen Huang, le patron de Nvidia, n’a pas caché son inquiétude.
Jusqu’à aujourd’hui, même les modèles d’intelligence artificielle chinois sont dépendants de puces Nvidia pour leur entraînement. Si les géants chinois des semi-conducteurs, Huawei et Semiconductor Manufacturing International Corporation (SMIC), proposent depuis plusieurs années leurs propres puces Ascend, ces dernières étaient jusqu’ici loin des performances des GPU de Nvidia.
Sauf que cette dernière annonce de DeepSeek pourrait bien tout changer. Si la start-up n’a pas révélé quels processeurs elle a utilisés pour entraîner son dernier modèle, Huawei a déclaré vendredi avoir travaillé en étroite collaboration avec DeepSeek afin que les nouveaux modèles puissent fonctionner sur l’ensemble de sa gamme de puces.
Une indépendance soudaine qui n’étonne pas Jensen Huang. La capacité de production des fondeurs chinois « est parmi les plus importantes au monde », rappelait le patron de Nvidia. Dans un univers où la taille compte plus que tout, SMIC ne parvient pas encore à fabriquer en masse des puces de moins de 5 nanomètres. Mais le fondeur chinois peut combler ce déficit technologique en empilant beaucoup de composants de 7 nanomètres. Ainsi, les IA chinoises peuvent déjà égaler la puissance de calcul des champions américains… moyennant une consommation d’énergie plus importante.
Un problème qui n’en est pas un pour la Chine selon Jensen Huang puisque « l’abondance d’énergie (de la Chine qui produit 30 % de toute l’électricité du monde, NDLR) compense le manque de puces, et inversement », affirme le chef d’entreprise.
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Cette montée en puissance de l’industrie de l’IA chinoise inquiète le patron de Nvidia. « Supposons que DeepSeek soit optimisé pour Huawei, optimisé pour leur architecture. Cela nous désavantagerait [car] si, dès le départ, tous les modèles d’IA fonctionnent mieux avec la plateforme technologique d’un tiers (chinois, NDLR), il faudrait avancer des arguments absurdes pour prétendre que c’est une bonne chose pour les États-Unis », ajoute-t-il.
Le milliardaire pointe notamment le risque de perdre les pays de l’Asie du Sud et du Moyen-Orient. « Ils sont aussi proches de Pékin que de Washington et pourraient bien décider d’adopter l’intelligence artificielle chinoise parce qu’elle est beaucoup moins coûteuse », rappelle Jean-Edwin Rhea, gérant d’un fonds technologique chez Sunny Asset Management.
Selon le cabinet d’analyse ModelTech, DeepSeek V4 est 18 fois moins cher que ChatGPT 4 et même 40 fois moins cher que GPT-5.4 selon TECHi. Une économie qui s’explique par un modèle très optimisé pour consommer moins de données « et par beaucoup de subventions du gouvernement chinois », estime Nicolas Chantier.
Le remplacement de Nvidia et de l’IA américaine est cependant encore loin de se concrétiser. « La Chine peut devenir dominante chez elle et compétitive ailleurs, mais pas encore leader mondial incontesté », rappelle Maud Reinalter, directrice des investissements chez Belfius Asset Management. Avant d’ajouter que « hors de Chine et de quelques pays alignés, les entreprises restent attachées aux solutions américaines pour des raisons de fiabilité, d’écosystème logiciel et parfois de contraintes politiques. »
Reste que pour Jensen Huang, c’est insuffisant : « Nous devons nous assurer que tous les modèles d’IA mondiaux soient construits sur la base technologique américaine », affirme le milliardaire. Un message probablement envoyé en direction de Donald Trump qui interdit à Nvidia de vendre ses dernières puces de pointe (la H100 et les puces Blackwell) à Pékin… renforçant l’émergence d’un concurrent chinois selon Jensen Huang.
Histoire d’enfoncer le clou, le patron de Nvidia a conclu en demandant : « Comment se fait-il que votre politique, votre philosophie, conduisent les États-Unis à renoncer à une part considérable du marché mondial ? » Une accusation qui ne devrait pas plaire à Donald Trump, lui qui répète vouloir faire retrouver « sa grandeur à l’Amérique ».
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