SeeHaptic, l'innovation qui rend la vue aux aveugles via le toucher

La remise de prix pour Tech for Future, le 13 avril à Paris.
Jana Call me J/ABACA

La remise de prix pour Tech for Future, le 13 avril à Paris.
Jana Call me J/ABACA
Imaginez une personne non-voyante équipée de lunettes qui filment l’environnement, la rue, les obstacles naturels, les objets en mouvement. Grâce à l’intelligence artificielle, ce dispositif optique renvoie une image vers une ceinture lombaire haptique, entraînant la transmission des informations par le sens du toucher. Le cerveau, qui reçoit ces informations depuis le dos de la personne, reconstitue l’image mentale de cet environnement.
« Nous ne rendons pas la vue aux personnes non-voyantes. Notre solution leur permet de ressentir, de percevoir l’environnement », promet Rémi du Chalard, président et cofondateur de SeeHaptic. Cette start-up lilloise est hébergée par l’Institut national des jeunes aveugles (INJA), à Paris. Elle s’appuie sur le principe de substitution sensorielle, démontré dans ses travaux sur la plasticité neuronale par le neuropsychologue américain Paul Bach-y-Rita (1934-2006).
Selon ce chercheur de l’université du Wisconsin à Madison, le cerveau serait capable de reconstruire des images et d’appréhender notre environnement à partir de signaux tactiles.
« Au départ, nous avons fait beaucoup de recherche et de développement pour savoir comment transmettre des images à un aveugle », rappelle Rémi du Chalard. Fondée en 2018 sous le nom d’Artha, cette jeune pousse s’apprête à changer d’échelle avec le passage du prototype au produit commercial.
L’entreprise vient de finaliser son dispositif, qui arrivera sur le marché à la fin de l’année 2026. Concrètement, la solution repose sur deux dispositifs connectés. D’un côté, un module de capteurs se fixe sur des lunettes et capte en temps réel l’environnement situé face à l’utilisateur. De l’autre, une ceinture embarque les batteries, l’informatique et des picots qui restituent les informations, sous forme de stimulations tactiles dans le dos. Cette fonction essentielle est assurée par 256 solénoïdes répartis en huit unités. Le taux de rafraîchissement s’établit à 1 000 images par seconde. L’unité intègre également des modules de reconnaissance optique des caractères (OCR), traduits en informations sémantiques.
L’assemblage des premières unités a été assuré jusqu’à présent en interne, par les équipes de SeeHaptic, à partir de modules existants : la puce similaire à celle des smartphones est fournie par Qualcomm, les capteurs par Sony. « Nous ferons ensuite appel à un assembleur », prévoit Rémi du Chalard.
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La question du financement sera décisive. Rémi du Chalard évoque « plusieurs millions d’euros » déjà investis dans la recherche, le développement et l’industrialisation, ainsi que trois tours de table, sans détailler les montants. « Le capital est détenu à plus de 90 % par des Français, des business angels, des avocats. On leur a proposé des bons de souscription d’actions remboursables », concède Rémi du Chalard. Optic 2000 apparaît au capital comme investisseur minoritaire.
Pour accéder au marché, l’entreprise mise d’abord sur les dispositifs existants : l’Association de gestion du fonds pour l'insertion professionnelle des personnes handicapées (AGEFIPH) pour les aménagements de postes des salariés malvoyants et non-voyants dans les entreprises, les maisons départementales des personnes handicapées (MDPH) pour certaines prises en charge, puis, à plus long terme, un éventuel remboursement par l’Assurance maladie. L’appareil pourra être prescrit par les orthoptistes, les ophtalmologistes, ou les opticiens.
Reste à documenter l’efficacité clinique. Pour structurer l’évaluation de son dispositif, préciser les profils de patients les plus adaptés et préparer son intégration dans les parcours de soins, SeeHaptic a annoncé un partenariat avec l’hôpital national des Quinze-Vingts, l’établissement de référence en ophtalmologie.
Chez les utilisateurs, la question de l’apprentissage demeure déterminante. L’entreprise a réalisé plus de 300 tests en situation réelle. Pour les aveugles et malvoyants, l’enjeu n’est pas d’apprendre un code supplémentaire. « Au début, les sensations sont vraiment mécaniques. Ensuite, le fait de stimuler rapidement permet au cerveau de bien localiser les informations et de bien faire la différence entre les picots qui tapent dans le dos. Ce n’est pas un nouveau langage. Nous dessinons des images », insiste le Rémi du Chalard.
SeeHaptic défend ainsi le positionnement industriel et médical d’une innovation non invasive. L’innovation ne promet pas une réparation de la vue, mais un gain fonctionnel. Alors que les implants rétiniens ont pu incarner l’horizon technologique du secteur, cette jeune pousse propose une solution plus pragmatique. « En France, 1,8 million de personnes sont déficientes visuelles. Nous visons ce marché de plusieurs centaines de milliers d’adultes aveugles ou très malvoyants, avant une expansion internationale », prévoit Rémi du Chalard.