SpaceX d'Elon Musk à l’assaut du mobile, la guerre des fréquences menace

Cela fait des mois que SpaceX a dévoilé ses nouvelles ambitions dans le mobile, sans créer jusqu'ici beaucoup de réactions.
/FW1FP/Maju Samuel - REUTERS - REUTERS - Dado Ruvic

Cela fait des mois que SpaceX a dévoilé ses nouvelles ambitions dans le mobile, sans créer jusqu'ici beaucoup de réactions.
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Une passe d’armes étonnante est survenue durant les derniers jours de décembre 2025. SpaceX, ce géant du spatial valorisé 800 milliards de dollars, a pris la peine de répondre au « petit » syndicat français des cadres de la CFE-CGC, venu le titiller sur le sol américain, pour s’opposer à sa reprise des fréquences de l’opérateur satellitaire Echostar.
Sans complexe, l’organisation a participé à une consultation publique lancée par la Commission fédérale des communications (FCC) américaine. Et fait observer, le 15 décembre dernier, qu’une autorisation accordée à SpaceX, aux États-Unis, aboutirait en réalité à lui céder « un monopole mondial » sur le marché du Direct-to Device (D2C), la technologie qui permet aux smartphones de communiquer directement avec des constellations de satellites. De quoi « déstabiliser et menacer le modèle économique de l’industrie mobile », dénonçait encore le syndicat. Voilà pourquoi la CFE-CGC plaidait pour que la demande soit d’abord approuvée par l'UIT (Union Internationale des Télécommunications) en premier lieu, avant toute décision de la FCC.
Ni une ni deux, SpaceX a renvoyé le syndicat et tous ceux qui critiquaient son projet dans les cordes le 29 décembre dernier. « Les opposants soulèvent une poignée de questions accessoires mineures, dont chacune est soit non pertinente, spéculative, erronée ou juridiquement infondée », a-t-il cinglé. Mais qu’allait donc faire la CFE-CGC dans cette galère ? « Nous n’avons jamais eu l’espoir d’empêcher une validation par la FCC qui semble déjà acquise », nous explique Eric Dupond, Secrétaire National Economie et Règlementation des Télécoms. « Notre objectif, c’était plutôt de provoquer une réponse de leur part et d’en profiter pour alerter chez nous sur les enjeux de ces fréquences en Europe ».
Le syndicat a effectivement le mérite de mettre les pieds dans le plat. Car cela fait des mois que SpaceX a dévoilé ses nouvelles ambitions dans le mobile sans susciter beaucoup d'émoi. Jusqu’à maintenant, il fournissait de la capacité satellite à des acteurs comme T-Mobile pour faire du Direct-to-Device, sans contact direct avec les clients. Avec ces nouvelles fréquences qui lui ont coûté 17 milliards de dollars au mois de septembre dernier, il n’aura bientôt plus besoin de passer par eux. Et pourra commercialiser son propre service mobile. De la même manière qu’il propose déjà un accès à Internet fixe basé sur le satellite avec Starlink.
« Vous serez en mesure d’avoir un abonnement mobile Starlink comme c’est déjà le cas pour AT&T, T-Mobile ou Verizon », a bien confirmé Elon Musk dans le podcast américain All-In il y a trois mois. Le temps de lancer des satellites compatibles avec ces fréquences et que de nouveaux smartphones les supportant soient mis sur le marché, le service pourrait être accessible fin 2027. En attendant, l'entreprise a déposé quelques noms de marques évocateurs comme « SpaceX Mobile » ou « Powered by Starlink », comme on peut facilement le vérifier sur le site du United States Patent and Trademark Office. Difficile de faire plus clair...
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Certes, le géant vise prioritairement le public américain, et principalement la population qui vit dans les zones rurales et reculées. Il s'engage aussi à continuer à fournir du Direct-to-Device et de la couverture à des opérateurs mobiles. Mais, dans le même temps, il a écrit noir sur blanc à la FCC qu’il lancerait bien son service mobile « à l’échelle nationale et mondiale d’ici la fin 2027 ».
Pour le moment, aucune voix ne s’est élevée officiellement en Europe pour s’inquiéter de ce projet mais la résistance s’organise en coulisse. Car, sur notre continent, SpaceX ne va pas avoir la partie facile puisqu'il doit décrocher l’aval de la Commission européenne avant de pouvoir utiliser ses fréquences Echostar dans la bande MMS 2 GHZ. Ces dernières arrivent en effet à échéance mi 2027, comme celles dévolues à l’opérateur satellite Viasat, et l'autorisation de ces deux acteurs doit être renouvelée.
Orange, qui a lancé son propre service Direct-to-Device à la fin de l’année dernière, nous a tout de même confié « suivre de près le sujet », sans autre commentaire. Pourtant, les passages en clair de sa contribution à la consultation publique lancée par la Commission européenne sont sans équivoque. L’opérateur français plaide comme ses comparses Deutsche Telekom et Telefonica pour une remise à plat totale des conditions d’utilisation des fréquences « afin d’assurer une égalité de traitement complète avec les opérateurs de réseaux mobile ». En clair, si SpaceX veut offrir les mêmes services mobiles, qu’il soit soumis aux mêmes taxes, aux mêmes obligations de couverture et aux mêmes règles de sécurité que les opérateurs nationaux.
C’est aussi la position du lobby des télécoms européen Connect Europe qui commente très prudemment la procédure, soulignant l’intérêt de la technologie du Direct to Device et sa complémentarité avec les réseaux terrestres. Avant d’ajouter que « la protection des réseaux terrestres (..) et la sauvegarde des intérêts stratégiques et industriels de l'Europe doivent demeurer des principes directeurs », nous précise le directeur de la communication Oscar Berardi.
Au-delà du problème de l’égalité de traitement, c’est un tout autre enjeu concurrentiel qui se dessine et inquiète les opérateurs télécoms. En laissant SpaceX avoir un lien commercial direct avec les clients mobiles, c’est un peu le loup que l’on fait entrer dans la bergerie. D’autant que l’entreprise d’Elon Musk affirme que son système sera en mesure d'offrir du haut débit mobile, ce que ne permet pas le Direct-to-Device actuel, limité à des messages texte de secours et le partage de la localisation.
Appels voix, connexion à Internet, vidéo, SpaceX ne tarit pas de promesses. Les liaisons laser entre ses satellites pour faire transiter les données devraient en tous cas lui permettre de réduire la latence en limitant le nombre d’allers-retours entre le sol et l’espace. Pas de quoi, cependant, rivaliser avec les réseaux mobiles terrestres des opérateurs, d’après plusieurs experts du secteur. « La capacité de ce type de service ne peut être que limitée par rapport aux opérateurs télécoms, compte tenu de la taille des zones de couverture au sol et de la puissance réduite au sol », nous a indiqué l’Agence nationale des fréquences (ANFR), tout en précisant de ne pas disposer de tous les détails techniques de ce projet.
Par ailleurs, et même si Elon Musk affirme le contraire, les utilisateurs auront du mal à capter les signaux satellites quand ils seront à l’intérieur d’un bâtiment. A l’extérieur aussi dans les zones urbaines. Parce que les immeubles hauts ou que le béton ou l’acier y feront obstacle. Mais aussi pour des raisons de capacité, beaucoup de gens étant amenés à se connecter en même temps et à partager une bande passante limitée. C’est donc essentiellement dans les zones peu denses que SpaceX pourrait devenir un concurrent sérieux. A moins qu’il ne décide aussi un jour de racheter un opérateur mobile terrestre pour compléter son service. Une perspective que Elon Musk n’écarte désormais plus quand la question lui est posée par des médias américains.