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Internet par satellite : Starlink et Amazon Leo vont se livrer un combat acharné en 2026

Photo de Amélie Charnay

Amélie CHARNAY

Publié le 05 janvier 2026 à 13:00

Une fusée sur son pas de tir, sur le point d'embarquer les satellites du projet Amazon Leo, à Cap Canaveral en Floride (États-Unis), le 9 avril 2025.

Une fusée sur son pas de tir, sur le point d'embarquer les satellites du projet Amazon Leo, à Cap Canaveral en Floride (États-Unis), le 9 avril 2025.

JLS - REUTERS - Joe Skipper

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Ces deux acteurs du satellite s'affronteront cette année sur le marché de l'accès Internet grand public par satellite. Pour le moment, ils jouent la complémentarité avec les opérateurs télécoms. Mais ils pourraient finir, eux aussi, par leur faire de l'ombre.

C’est un véritable choc des titans qui s’annonce en 2026. En lançant cette année son service de connexion à Internet par satellite Amazon Leo (anciennement Kuiper), le géant américain de l’e-commerce Amazon va se confronter directement à Starlink. L’entreprise d’Elon Musk régnait seule en maître depuis 2021 sur le marché grand public de l'accès à Internet grand public s'appuyant sur des constellations en orbite basse. Ce ne sera plus le cas d'ici quelques mois. Alors, avant l’arrivée de ce concurrent, elle casse allègrement les prix de ses antennes et abonnements pour lui savonner la planche. Le duel commercial s’annonce sans pitié et va marquer à coup sûr toute l’année 2026. Mais quel sera l’impact réel de ces services d’un nouveau genre auprès des Français ?

A seulement 500 km au-dessus de la Terre pour Starlink et environ 600 km pour Amazon Leo, ces constellations en orbite basse (Low Earth Orbit ou LEO) offrent une latence de connexion moindre et de meilleurs débits que les services géostationnaires. Ces derniers, coincés à 36 000 km, se sont retrouvés en quelque sorte ringardisés. Les performances de ces nouveaux services restent cependant inférieures et plus chères que celles offertes par la fibre optique terrestre. Sans compter qu’ils fonctionnent moins bien à l’intérieur des bâtiments. Voilà pourquoi le marché du LEO va rester pour le moment assez niche et réservé aux populations isolées ou pâtissant d’un réseau de mauvaise qualité. 

Encore peu d'utilisateurs en France 

En France, le dernier observatoire de l’Autorité de régulation des télécoms (Arcep) fait état de 1,6 million d’abonnements avec des débits supérieurs à 30 Mbit/s et inférieurs à 100 Mbit/s au troisième trimestre 2025. Soit un peu moins de 5 % des foyers français. Un chiffre qui comprend aussi bien les services de satellites géostationnaires que ceux en orbite basse mais aussi les accès en 4G, 5G ou encore le coaxial (câble et fibre optique). 

Starlink ne fournit d’ailleurs aucun chiffre officiel, mais les acteurs du marché évaluent à moins de 200 000 son nombre d'abonnés dans notre pays. Quant à Amazon Leo, ses représentants nous ont confié récemment viser tout de même 10 à 15 % des foyers européens, ce qui représenterait 20 à 30 millions de ménages sur le continent. En France, impossible d’imaginer qu’il puisse toucher une proportion telle, alors que 95 % des bâtiments seront éligibles à la fibre optique depuis la fin de l’année 2025. 

Un micro-marché mondial sans monétisation  

A l’échelle mondiale, seuls 15 millions d’abonnés sont attendus au 31 décembre 2025, d’après les estimations du cabinet Deloitte. « C'est un micro marché en termes de chiffre d'affaires. Ce qui veut dire qu’il n’y a pas encore de monétisation possible vu les investissements colossaux que ces constellations nécessitent », analyse Stéphane Villard, associé du cabinet Deloitte et responsable Technologies, médias et télécommunications. Sans compter qu’il faut remplacer constamment les flottes, la durée de vie de ces satellites n’excédant pas les cinq ans. Le tout pour une rentabilité encore incertaine. 

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Cela n’empêche pas les candidats de se bousculer, apportant toujours plus de capacités au niveau mondial. « Cela dépasse toutes nos prévisions : nous comptons actuellement entre 15 000 et 18 000 satellites avec cinq constellations en orbite basse », nous précise encore Stéphane Villard. Un rythme intense qui devrait être maintenu en 2026. Outre l’entrée sur le marché d’Amazon Leo, la Chine compte deux projets de constellations en orbite basse : Guowang et Qianfan, mais il va aussi falloir compter avec le Canada et Telesat Lightspeed, tandis que les Emirats Arabes Unis sont sur les rangs avec Orbitworks. Enfin, le service OneWeb, appartenant à Eutelsat Group, est déjà sur le marché et cible les clients gouvernementaux et BtoB. Il joue la carte de la souveraineté en étant le seul service européen opérationnel à ce jour. Il prévoit, lui aussi, d’étoffer sa flotte.  

La carte de la complémentarité

En 2026, ces constellations devraient continuer à jouer la carte de la coopération avec les opérateurs télécoms. Ces derniers les utilisent pour renforcer la couverture mobile de réseau de collecte (le backhaul), à l’image d’Orange qui s’appuie sur OneWeb dans les zones rurales et isolées d’Europe, mais aussi en Amérique latine et en Afrique. Et puis, l’année devrait être marquée par la généralisation du Direct-to-Device, cette technologie qui permet aux smartphones des utilisateurs de se connecter directement aux satellites dans des zones blanches et d’envoyer des SMS. Orange a dégainé le premier en France ce mois de novembre en s’appuyant pour le coup sur des satellites géostationnaires. D’autres opérateurs pourraient suivre son exemple dans les mois qui viennent. 

Du côté de l’accès à Internet fixe aussi, les opérateurs télécoms français poussent de plus en plus les services satellitaires, en orbite basse ou pas. Ils les voient comme une alternative technologique à la fibre optique là où le déploiement est trop complexe et trop cher. Ou pour augmenter la résilience des infrastructures et disposer d’une solution de secours en cas d’aléa climatique, par exemple. Certains opérateurs télécom les commercialisent même auprès de leurs clients du marché BtoB, comme Bouygues Telecom le fait avec Starlink. Ultime signe de cette entente, le rapport 2025 de la Fédération française des télécoms consacrait pour la première fois cette année une page de mise en avant du satellite. 

« Nous, opérateurs télécom, ne pourrons jamais couvrir chaque centimètre carré du territoire, surtout là où il y a très peu de densité de population. Dans ces zones-là, le satellite peut être un appui et un complément à notre couverture mobile et fixe », nous indiquait ainsi il y a peu Juliette Lallemand, la nouvelle présidente de la Fédération française des Télécoms.

Une future concurrence pour les opérateurs télécoms ?

Officiellement, tout va donc pour le mieux entre ces deux mondes. Pourtant, Starlink a créé un précédent en choisissant un modèle de distribution mixte, où il vend aussi directement ses solutions aux utilisateurs depuis son site. Et Amazon Leo prévoit de faire de même. Cela entraîne, de fait, une situation de concurrence avec les opérateurs télécom. Mais pour le moment, cela ne menace véritablement leurs affaires que dans les pays émergents. Les opérateurs télécom aimeraient malgré tout que ces acteurs soient soumis aux mêmes règles qu'eux : les services satellitaires ne sont en effet pas exposés à la même fiscalité, déboursent moins pour les fréquences et ne sont pas soumis à la même réglementation comme la neutralité du net.

C’est en partie sur cette différence de traitement, perçue comme une distorsion de concurrence, que s’est fondé le syndicat CFE CGC pour déposer un recours devant le Conseil d’État. Il est convaincu que les constellations en orbite basse menacent à terme les opérateurs quand elles auront perfectionné leur technologie et renforcé leur couverture. Et espère faire annuler l’autorisation d'Amazon Leo pour émettre en France, accordée pour une durée de dix ans par l’Arcep. La décision est attendue dans un an environ, alors que le géant américain aura déjà lancé son service. La fin de l'année 2026 promet donc aussi d'être pleine de rebondissements. 

Amélie CHARNAY

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