Vente de SFR : à quelle sauce seront mangés les abonnés ?

Une boutique SFR dans Paris.
La Tribune

Une boutique SFR dans Paris.
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Si Altice France a rejeté « immédiatement », ce mercredi, l’offre de rachat à 17 milliards d’euros déposée hier soir par Bouygues Telecom, Free et Orange, il ne fait pas de doute que les négociations sont désormais officiellement lancées pour céder l’opérateur SFR.
Une perspective qui soulève de nombreuses questions pour ses 26 millions de clients. Ils ne devraient toutefois pas être impactés avant deux ans, à condition qu’un terrain d’entente soit trouvé avec l’actionnaire majoritaire Patrick Drahi et le temps que les autorités administratives donnent leur feu vert à l’opération.
Vers quels opérateurs seront transférés les abonnés SFR, Red by SFR et SFR Business ? Les choses sont très floues pour le moment, le trio Bouygues Telecom, Free et Orange ne s’étant mis d’accord que sur des pourcentages de partage de la valeur des actifs. On sait, dans les grandes lignes, que Bouygues Telecom et Free se diviseront les clients professionnels, et que les trois acteurs se répartiront les clients grand public. Mais on ignore les critères qui seront retenus pour les départager. « On ne sait pas qui prend quoi dans le détail », nous confirme une partie prenante.
Il est peu probable que Red by SFR et ses 5,5 millions de clients atterrissent chez un seul et même opérateur. Bouygues et Free sont en effet tous les deux intéressés par cette filiale low cost. Même chose pour les 19 millions d’abonnés mobiles ou les 6 millions d’abonnés fixes : ils seront répartis entre différents acteurs. La seule certitude que l’on ait, à ce stade, c’est qu’Orange ne pourra pas reprendre les clients « convergents », c’est-à-dire abonnés à la fois au fixe et au mobile. L’opérateur historique est en effet en situation de domination sur ce marché et n’aurait pas été autorisé à la faire par les autorités de la concurrence.
Lorsque la répartition sera finalisée, le basculement d’un opérateur commercial à un autre se fera de manière fluide pour les clients. Les acteurs impliqués possèdent en effet une solide expérience de ce type de transfert de fichiers clients, à commencer par Bouygues Telecom qui a racheté plusieurs opérateurs mobiles virtuels par le passé dont La Poste mobile.
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En revanche, le basculement d’un réseau à l’autre pourrait être plus long et complexe car il nécessite soit de changer les cartes SIM des utilisateurs, soit de lancer des mises à jour logicielles. À moins que les abonnés restent sur les infrastructures actives de SFR qui seraient louées aux opérateurs commerciaux. Ce pourrait être le cas pour le réseau mobile, par exemple, qui devrait être repris en grande partie par Bouygues Telecom, notamment dans les zones peu denses.
Mais ce que tout le monde redoute le plus, c’est une hausse des prix. Au-delà des effets d’économie d’échelle, les trois acteurs restant comptent en effet augmenter leurs revenus en sortant de leur guerre commerciale impitoyable dans laquelle ils étaient enfermés depuis des années.
Interrogé sur RTL ce matin, le nouveau ministre de l’Économie Roland Lescure a déclaré : « Je vais être vigilant sur cette opération, parce qu’aujourd’hui, nous avons les prix des abonnements parmi les moins chers du monde. Je vais être vigilant sur deux choses : l’impact sur le prix des consommateurs et l’impact sur la qualité de service ». Et de conclure que l’autorité de la concurrence serait là pour assurer la protection des consommateurs.
Il faut s’attendre effectivement à ce que les autorités de la concurrence française ou européenne imposent ce que l’on appelle « des remèdes ». Au Royaume-Uni, la consolidation du marché des télécoms a été validée, à condition que les opérateurs s’engagent à ne pas augmenter les tarifs. Cela pourrait être le cas mais cela n’empêchera pas les trois acteurs d’en profiter pour mettre fin aux promotions folles, notamment sur le mobile. Mécaniquement, les prix seront donc tirés vers le haut.