A Washington, seules importent désormais les élections de 2012

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A un an du scrutin, chaque parti campe sur ses positions. Les négociations sur la réduction des déficits en ont fait les frais.

Comment pouvait-il en être autrement ? Trois mois après les interminables négociations de l'été - qui avaient abouti sur un accord à la dernière minute pour relever le plafond de la dette fédérale américaine -, les démocrates et les républicains ne sont pas parvenus à s'entendre au Congrès sur de nouvelles mesures de réduction des déficits publics.

Sans la menace d'un défaut de paiement, comme cela était le cas en juillet, les deux camps n'ont cette fois-ci pas été capables de trouver un terrain d'entente. Pas question en effet de céder le moindre pouce de terrain à leurs adversaires, à un an seulement des élections générales de 2012 qui renouvelleront l'ensemble de la Chambre des représentants et le tiers du Sénat. Les sujets d'affrontement sont donc restés les mêmes : l'imposition des Américains les plus fortunés et les dépenses des programmes sociaux. Des clivages politiques qui apparaissent aujourd'hui insurmontables.

Dès sa création au mois d'août, le "super comité", composé de six démocrates et six républicains chargés d'établir un projet bipartisan, était donc voué à l'échec. Comme d'habitude, les responsables démocrates, à commencer par le président américain Barack Obama lui-même, et républicains se sont mutuellement rejeté la faute. Mais le problème est en réalité bien plus profond, dans un pays où l'on vote tous les deux ans et où chaque décision d'un élu est publique, analysée et potentiellement utilisable à son encontre.

À Washington désormais, le Congrès ne pense plus qu'au scrutin de l'année prochaine. Et personne ne voulait ainsi accepter un compromis qui aurait été bien difficile à défendre auprès de sa base d'électeurs. Les démocrates classés les plus à gauche reprochent en effet toujours au président d'avoir cédé devant les républicains fin 2010, en acceptant de prolonger les avantages fiscaux des ménages les plus aisés en échange d'une extension des allocations chômage. De l'autre côté de l'échiquier politique, le Tea Party, cette mouvance anti-gouvernementale qui pèse de tout son poids sur la primaire républicaine, rejette catégoriquement toute hausse d'impôts.

Paradoxalement, l'absence d'accord au Congrès devrait aboutir sur une réduction plus marquée des déficits. Aux 1.200 milliards de dollars de coupes automatiques sur dix ans, dont la moitié concerne le budget de la Défense, s'ajoutera en effet l'arrêt de certains programmes et abattements fiscaux. Des mesures qui soutiennent pourtant la reprise économique mais qui pourraient être sacrifiées en raison du blocage parlementaire permanent.

Ainsi, dès la fin de cette année, l'allègement des charges sociales liées au système de retraites - que Barack Obama aimerait au contraire renforcer - et l'extension de 26 à 99 semaines des allocations chômage arriveront à expiration. Cela retranchera directement plus de 160 milliards de dollars de pouvoir d'achat aux Américains et pourrait coûter jusqu'à 1 point de pourcentage de PIB. Et un million d'emplois seraient menacés. La Maison-Blanche espère toujours un accord bipartisan sur ces deux mesures, dès la reprise de la session parlementaire après les fêtes de Thanksgiving. Mais les obstacles restent encore trop nombreux.

Dans l'immédiat, une nouvelle dégradation de la note de la dette américaine ne semble donc pas d'actualité. "L'incapacité de la commission budgétaire à s'entendre sur des mesures budgétaires n'entre pas en contradiction avec notre décision prise le 5 août d'abaisser notre note à AA+", a précisé lundi soir l'agence de notation Standard & Poor's. De son côté, Moody's explique que cet échec n'entraînera pas à lui seul une dégradation, qu'elle n'écarte d'ailleurs pas. Mais cet épisode sera "informatif pour l'analyse de la note américaine", prévient l'agence. Car, au-delà des simples mesures d'ajustement fiscal, c'est l'absence de volonté commune de réaliser les sacrifices nécessaires au sein de la classe politique qui inquiète, alors que la dette publique a dépassé la semaine dernière les 15.000 milliards de dollars.

L'échec de ces négociations promet par ailleurs d'enflammer la campagne présidentielle. Déjà, les candidats républicains ont tiré à boulets rouges sur Barack Obama, soulignant son absence de leadership. Le président américain a tout simplement refusé de s'impliquer dans les négociations pour ne pas être associé à l'inévitable impasse. Surtout, l'absence d'accord n'a pas réglé l'explosif dossier des avantages fiscaux accordés sous la présidence Bush, qui arriveront à échéance à la fin de 2012 et que les démocrates ne veulent prolonger que pour la seule classe moyenne.

Cette question sera certainement l'un des sujets majeurs de la présidentielle. Et elle pourrait à nouveau se poser après le scrutin, une cohabitation demeurant aujourd'hui le scénario le plus probable. Un blocage aurait des conséquences dramatiques: "Une économie faible et une chute de la demande potentielle qui pourraient être suffisantes pour nous faire basculer dans la récession", avertit Ben Garder de Moody's Analytics. Pour éviter le pire, les démocrates et les républicains devront alors mettre de côté leurs divisions partisanes et réapprendre à travailler ensemble. Mais, en attendant les élections, il ne faut pas espérer grand-chose du Congrès.

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a écrit le 23/11/2011 à 16:01 :
"L'arrêt de certains programmes et abattements fiscaux (... sont) des mesures qui soutiennent pourtant la reprise économique". Comment peut-on encore lire de telles absurdités dans un journal économique qui se veut sérieux, au moment même où la crise s'aggrave à cause des programmes fiscaux précédents ? Aucun programme fiscal ne peut soutenir la reprise puisque, toujours, il détruit au moins autant d'emplois qu'il ne peut en créer. Un programme fiscal se borne à déplacer la richesse au profit des amis des politiciens, au détriment de tout le reste de la population. Nous avons déjà trop d'Etat.
Réponse de le 23/11/2011 à 17:16 :
Il faut distinguer les programmes (comme les allocations chômage) des abattements fiscaux. Il ne s'agit pas donc de programmes fiscaux mais d'abattements fiscaux. La formulation n'était peut-être pas assez claire.
Réponse de le 23/11/2011 à 18:29 :
Merci pour votre réponse et, à la réflexion, mes sincères excuses à vous et à la Tribune pour la virulence inutile de mes propos. Par ailleurs, je maintiens que les programmes, abattements fiscaux ou toutes formes de subventions publiques à l'économie ne soutiennent pas la croissance, les prélèvements préalables (ou les dettes, ce qui revient au même) détournés de l'économie annulant l'effet des aides versées. Les subventions ne font que déplacer le problème au profit de quelques uns. Leur suppression pourrait en revanche provoquer un effet positif dans la mesure où elle s'accompagnerait d'un recul équivalent des prélèvements.

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