Expos d'été : cacophonie visuelle

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(Crédits : DR)
Il est encore de temps de profiter des expos d'été, qui parsèment la capitale

Sur 278 mètres de cimaises, sont exposées, à touche touche, de nombreuses photographies, des peintures, dessins, néons et autres structures. C'est la collection personnelle et éclectique d'Antoine de Galbert, le fondateur de la Maison Rouge proche de la Bastille, un lieu d'expositions imaginatives et variées d'art contemporain.

Le collectionneur a fait le choix d'une présentation aléatoire de plus de 1000 œuvres réalisées par 800 artistes. Un logiciel renseigné seulement par le format des encadrements et utilisant une formule de calcul dite « méthode Monte- Carlo » ( ?) a déterminé un accrochage serré. C'est ce qu'Antoine de Galbert appelle « le Mur » en fait une dizaine de « murs » de trois mètres de haut, blancs ou colorés. Enfin, faute de place,  les cartels ne sont accessibles que sur des écrans tactiles disposés dans chaque salle sur des bornes. Les téléphones mobiles y donnent aussi accès.

S'imaginer un temps collectionneur

Regarder dans « l'ordre » tous les murs, avec des œuvres placées trop haut ou trop bas pour être bien vues et chercher à reconnaître les artistes les plus connus -peu pour moi- (Morellet, Kertesz, Leroy, Fabre, Bellmer...) est un exercice ingrat et lassant.

Mieux vaut tenter de vous imaginer un temps collectionneur. Vous vous installez devant les différentes bornes, regarder les œuvres mur par mur, consulter les cartels, puis vous zoomez sur celles qui vous plaisent, enfin vous allez voir de près celles que vous avez sélectionnées. La difficulté de la méthode est qu'elle prend du temps et que surtout des personnes plus ou moins patientes attendent devant les bornes. Le mieux est probablement d'utiliser des mobiles « grand format » ce que je n'ai pu faire.

Avec cette méthode, que je n'ai utilisée que partiellement, vous devez pouvoir vous constituer une collection qui vous laissera quelques souvenirs. Et vous aurez échappé au chaos initial.

 Mémoires vives

 La Fondation Cartier célèbre ses «  30 ans pour l'art contemporain » dans son bel immeuble de Nouvel Bd Raspail. La photographie domine. Cent photographes, qui ont reçu des commandes de la Fondation  durant ces 30 ans, sont représentés : Depardon (des Tchadiennes voilées dans la suite de son expo au Grand Palais) Araki (chats) Teller (petite fille à la chevelure rousse exubérante) Eggleston (le sud des Etats-Unis en couleurs) des portraitistes maliens (Sadou Keita), un Japonais saisissant la modernité agressive des villes...

Un rappel de l'expo de l'an dernier : la femme allongée de Ron Mueck, plus grande que nature et fascinante par ses détails hyper réalistes (la veinure du cou et des bras, les sourcils) Autre sculptures : le chat guitariste et la grosse tête d'Alain Séchas.

 Cissié (Sénégal) expose ses peintures minutieuses d'architectures urbaines. David Lynch est aussi un artiste de la Fondation ; en 2007, il y dévoilé de nombreux dessins et des esquisses sur papier, qui sont partiellement exposées.

Au rez de chaussée, sur un grand écran LED cerné de bleu et de rouge, sont projetés des films (6 heures) sur les thèmes les plus divers incluant les mathématiques...

 Rétrospective Martial Raysse à Pompidou

 Martial Raysse (78 ans), artiste longtemps marginalisé et exposant peu avait quitté  Paris pour la province, cultivant la misanthropie. Il est maintenant à la mode et apprécié des grands collectionneurs comme François Pinault, qui semble raffoler de ces immenses compositions hyperréalistes traitant de sujets populaires (la plage, le déjeuner en plein air).

Est-ce pour cela que notre musée d'art moderne, qui l'a longtemps ignoré au moment où triomphaient abstraction et tachisme, lui consacre une exposition ? On peut penser que non. Il est difficile de ne pas apprécier, au moins en partie, une œuvre aussi évolutive et  variée : sculptures, objets bricolés achetés neuf à Prisunic, films, figurines et menus objets, peintures sur métal et à l'huile de tout format, qui a utilisé des matériaux très divers (bois, plastique).  Il est passé du Pop Art (années 60) au Nouveau Réalisme (école de Nice) et s'est beaucoup intéressé au portrait, avec un soupçon de dérision, lorsqu'il détourne des classiques comme Ingres ( la grande odalisque en vert gazon) à partir de cartes postales achetées au Japon , pays où il est très apprécié. Ses portraits joyeux de jeunes femmes, très colorés, sont peut-être la partie la plus connue et la plus appréciée de son œuvre. Certains portraits sur métal sont d'une grande douceur.

Ses films surréalistes, courts et longs métrages, où s'entrechoquent les couleurs montrent sa capacité à innover et surprendre. « Le Grand départ » (1972/1 h 11) est une histoire de secte, projetée à partir du négatif, avec des effets de couleurs assez extraordinaires. Certains passages sont très poétiques.

Quant aux grandes compositions de la fin, je les laisse à François Pinault, qui a les moyens de se les payer.

 L'envol du dragon

Le dragon est un animal fantastique, qui participe du monde des eaux, plutôt bénéfique et bienveillant. Serpentiforme, versatile et capricieux, il commence à apparaître aux derniers temps de l'âge du bronze, avant notre ère.

C'est le fil directeur de l'exposition du musée Guimet consacrée au Vietnam. A la vérité, le fil est mince. Il suffit qu'une bête fantastique apparaisse, même en tout petit, sur un objet pour que celui-ci ait été sélectionné. Il faut de la bonne volonté pour trouver le dragon dans les objets sortis de tombes par le Suédois Olav Janse dans les années 1920.

C'est à partir de l'indépendance retrouvée au Xe siècle, après dix siècles de domination chinoise (la colonisation française, c'est peu de chose...à côté) que l'image du dragon est déclinée, sur les toitures (le dragon protège de l'incendie) comme dans les tombes. Les céramiques (12/14è siècle) aux formes pures et fonctionnelles (verseuses, plateaux) souvent en grès sont très belles. Les grands plats bleu et blanc, exportés en Asie et au Moyen Orient paraissent plus ternes que les plats chinois. Est-ce le fait que beaucoup sont restés dans l'océan avant d'être repêchés il y a quelques dizaines d'années ? Les bronzes sont aussi influencés par la Chine.

Toute une salle est consacrée à la dynastie qui a régné à Hué à partir de 1802 et s'est close avec Bao-Daï, prince nationaliste, manipulé par les Français et les Japonais, qui acheva sa vie en exil à Cannes. Objets d'or et d'argent, bois laqué incrusté de nacre, porcelaines... Trop d'or, trop kitsch pour mon goût. Sur un grand écran, défilent les photos du palais impérial à Hué. C'est beau (certes pas comparable avec la cité interdite) et surtout unique, puisque le palais a été détruit par les Américains lors de la bataille du Têt.

L'expo est une coproduction du Musée National d'Histoire du Vietnam et du Musée Guimet.

 Rétrospective Bernard Tschumi à Pompidou

 Je ne connaissais de cet architecte suisse (70 ans) que ces structures rouges-les folies- qui parsèment le Parc de la Villette, dont l'esthétique et la fonctionnalité ne m'avaient pas convaincu. Or l'exposition qui lui est consacrée et visitée par des professionnels qui ont à la main crayons et carnets de dessins montrent que Tschumi est un grand architecte.

C'est un pédagogue, qualité peu répandue dans la profession, et ses explications sur la forme et le concept, l'importance de l'espace, l'enveloppe à deux faces, sont parfaitement compréhensibles. Il inspire la sympathie.

Sont présentées les réalisations de cet intellectuel voyageur, aux Etats-Unis (ensembles sportifs) en Grèce (l'admirable musée archéologique situé au pied du Parthénon) en France (les deux musées en ellipse d'Alésia, le nouveau zoo de Vincennes...)

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Commentaires
a écrit le 19/08/2014 à 14:32 :
Bonjour,
J'ai parcouru avec attention cet article (bien que cela soit pénible, car il n'a ni introduction ni conclusion), et je ne comprends pas le jeu de mot entre cacophonie et capophonie.
Quelqu'un pourrait-il m'expliquer?

Merci d'avance.
a écrit le 18/08/2014 à 10:11 :
Bonjour,
J'ai parcouru cet article avec attention (bien que ce soit difficile, car il manque cruellement d'une introduction et d'une conclusion, ce qui en rend la compréhension pénible), mais je n'ai pas trouvé d'explication concernant le titre. Pourquoi "capophonie" est-il écrit en lieu et place de "cacophonie"? Je ne connais pas ce mot, et ne comprends pas le jeu de mot...
Y a-t-il une explication?
Merci d'avance.
Merci d'avance.

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