SpaceX contre Arianespace, c’est Arcelor vs Mittal

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Premier décollage du lanceur SpaceX en décembre dernier. / Reuters
Premier décollage du lanceur SpaceX en décembre dernier. / Reuters (Crédits : Reuters)
Certes l'histoire ne se répète pas. Mais le passé peut expliquer l'avenir.

Le 4 décembre dernier, SpaceX, le lanceur spatial créé par Elon Musk (43 ans) met sur orbite son premier satellite. Le 10 décembre, EADS (Airbus Group) annonce la suppression d'un emploi sur dix dans le militaire et le spatial sur dix ans. Le 7 janvier, SpaceX met sur orbite un second satellite. Le 8 janvier, Arianespace annonce qu'en 2014 elle lancera un satellite par mois…

Une bataille est engagée, pour des lancements moins chers, avec -30 % annoncés par SpaceX. Beaucoup a été écrit sur les forces et faiblesses des protagonistes, y compris dans La Tribune.

L'histoire économique nous apprend que toute entreprise est née un jour… Google aujourd'hui n'a pas 16 ans.

À sa naissance, le principal moteur de recherche était AltaVista, qui achetait en 1999 Zip2 pour 341 millions de dollars, la première entreprise créée par Elon Musk, qui avait suspendu son doctorat de physique énergétique en 1995. Après cette vente, Musk cofonde une banque en ligne qui deviendra Paypal, qu'il revend en 2002 à eBay pour 1,5 milliard de dollars. Il fonde alors SpaceX et crée Tesla Motors en 2003.

Elon Musk, né en Afrique du Sud, c'est un peu Lakshmi Mittal. Mittal est né en Inde d'une famille d'entrepreneurs de l'acier. À 26 ans, en 1976, son père l'envoie en Indonésie. En 1991, il rachète un sidérurgiste mexicain. Son entreprise s'accroît sur un organigramme plat, familial.

En 2006, il lance une OPA sur le deuxième sidérurgiste mondial, Arcelor. Le marché de l'acier se mondialise. Arcelor représente la fusion complexe d'aciéristes du Benelux, d'Espagne et de France avec un organigramme et une structure à cette image. Mittal, agile, gagne.

Arianespace est à l'image d'Arcelor : un actionnariat, un organigramme et une structure compliqués, une marge faible. Brillant, le patron d'Arianespace, Stéphane Israël, est un Normal Sup littéraire, Ena, Cour des comptes. En face, Elon Musk marche à la vision, jugée prétentieuse à ses débuts. SpaceX fabrique, lance et vend ses lanceurs d'un seul lieu, près de Los Angeles. Rien à voir donc entre un haut fonctionnaire et un patron.

Mettre un satellite sur orbite est devenu un acte commercial. L'histoire ne se répète pas, mais en 2008, le monde était déjà en surproduction d'acier. Il reste une dizaine d'années à Arianespace pour ne pas terminer comme Arcelor avant que la Russie, la Chine, l'Inde ne soient d'autres concurrents. Si… c'est un signal fort !

Je repars en plongée.

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L'ouvrage le plus récent de Philippe Cahen :
Les Secrets de la prospective par les signaux faibles, Éditions Kawa, 2013.

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