« Les Allemands sont parfois trop romantiques »

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(Crédits : DR)
Les milieux économiques s'inquiètent de la disparition des Libéraux du Bundestag. Ils redoutent une "hollandisation" de l'Allemagne et les effets négatifs d'une grande coalition

D'Aix-la-Chapelle à Francfort, par l'ICE 15 (départ à l'heure, arrivée à l'heure, ce qui n'est pas si fréquent en Allemagne…), pour l'un de nos rendez-vous régulier avec Roland Tichy, directeur de la rédaction de l'hebdomadaire Wirtschaftswoche, basé à Düsseldorf, mais qui dispose de bureaux à Francfort, dans l'immeuble de sa maison mère le Handelsblatt. Depuis les élections du 22 septembre, l'Allemagne traverse une sorte de trou d'air. Les discussions en vue de former un nouveau gouvernement vont leur train de sénateur. Le 7 octobre, la CDU rencontrait les Verts, sans qu'un accord ne se dessine. Les Allemands ne semblent montrer aucune impatience. « Le sujet de la formation du gouvernement n'arrive qu'en quatrième ou cinquième position dans les grands journaux télévisés » remarque Roland Tichy. Pourtant les problèmes ne manquent pas. Nous évoquons la question de la jeunesse, en écho à la discussion avec Ernst Schmachtenberg. « La prochaine génération sera d'un tiers moins importante que la précédente », dit Roland Tichy. « Nous sortons complètement des clous en matière de démographie. L'Allemagne présente l'un des plus bas taux de fertilité du monde, avec 1,3 enfant par femme, alors qu'il en faudrait 2,1 pour assurer le renouvellement des générations ». Est-il possible d'inverser la tendance ? Roland Tichy, qui a consacré un livre à ce sujet il y a quelques années, ne le pense pas. « Il faudrait que les femmes allemandes se mettent à avoir trois enfants au lieu d'un, ce qui nécessiterait une remise en cause totale de notre société, ce qui me paraît impossible ». Le problème posé aux entreprises en termes de main d'oeuvre est donc là pour rester, en dépit de l'allongement  de l'âge de la retraite à 67 ans, et peut-être bientôt à 70 ans, et à la réduction du nombre d'années de scolarité qui conduisent au baccalauréat, douze au lieu de treize. Le recours à l'immigration peut fournir une partie de la réponse, mais le problème de l'intégration de ces nouvelles populations va probablement s'aggraver.

Pour le patron de Wirtschafstwoche, la perspective d'une grande coalition n'est guère enthousiasmante. « Je suis sceptique. La sortie des libéraux du Bundestag n'est pas une bonne nouvelle pour les milieux d'affaires. Nous allons manquer de cet apport libéral dans nos futures décisions politiques, et je crains une sorte de « hollandisation » de l'Allemagne, avec davantage de dépenses publiques, davantage d'impôts. Ce n'est pas une bonne façon de préparer l'avenir ». En outre, remarque-t-il, « si la CDU/CSU et le SPD gouvernent ensemble, ils disposeront de 72% des voix au Bundestag, et ce n'est pas bon pour la démocratie ». Au lieu de compromis, l'Allemagne aurait besoin d'une stratégie claire et de mesures décisives, au moins sur deux sujets, l'Energie Wende et le système de protection sociale. « Il faut réorganiser complètement notre politique énergétique, qui est en train de ruiner le pays. Les Allemands ont parfois des idées romantiques sur les choses, comme le fait de croire qu'une nation industrielle peut-être alimentée en énergie par le solaire et l'éolien, en se passant des énergies fossiles. Il faut donc revoir complètement le système des subventions aux énergies renouvelables. » Une révision qui pourrait d'ailleurs être accélérée par la Commission européenne qui a décidé de creuser le sujet, sensible dans d'autres pays que l'Allemagne, et notamment en France. « Notre système revient en fait à faire subventionner par les plus pauvres les investissements dans les énergies renouvelables effectués par les plus riches. Ce n'est pas tenable. »

 Et pour marquer le coup, Wirtschafstwoche a décidé de lancer une initiative, baptisée « Forum der Freiheit », le Forum de la liberté (http://www.wiwo.de/forumderfreiheit/) pour défendre le libéralisme économique qui serait, en Allemagne, en danger de mort…

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Commentaires
a écrit le 20/10/2013 à 5:30 :
et si on parlait un peu plus du reste de l'Europe et un peu moins de l'Allemagne!
Réponse de le 02/11/2013 à 9:50 :
Pas mieux....

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