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Argentine : un contrôle des changes pour rassurer les marchés

Sonia Avalos et Liliana Samuel, AFP

Publié le 02 septembre 2019 à 05:21 - Mis à jour le 02 septembre 2019 à 05:36

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La banque centrale argentine, qui puise dans ses réserves depuis des semaines pour soutenir le peso, a été autorisée dimanche par le gouvernement à restreindre les achats de dollars sur le marché des changes. Un décret publié au Journal officiel précise que la mesure entrera en vigueur d'ici la fin de l'année.

Le gouvernement argentin de Mauricio Macri a imposé dimanche un contrôle des changes aux entreprises et particuliers, dans l'espoir de rassurer les marchés effrayés par la perspective d'un défaut de paiement. Ces mesures, qui resteront en vigueur jusqu'au 31 décembre, font suite à une semaine d'incertitudes sur les marchés et de forte dépréciation de la monnaie argentine.

Le décret publié dimanche au Bulletin officiel argentin impose aux entreprises exportatrices de changer en pesos les dollars au plus tard cinq jours ouvrables après l'encaissement, ou 180 jours après l'exportation des biens.

Les personnes physiques ne pourront effectuer de virements à l'étranger de plus de 10.000 dollars, ni acheter des devises pour un montant supérieur à cette somme sans autorisation de la Banque centrale d'Argentine.

Le gouvernement s'est cependant abstenu de restreindre les retraits bancaires, une mesure connue sous le nom de "corralito" qui, appliquée fin 2001, avait déclenché la pire crise politique et économique de l'histoire du pays. Le décret "maintient la pleine liberté pour retirer des dollars des comptes bancaires, n'affecte pas le fonctionnement normal du commerce extérieur et n'introduit aucune restriction aux voyages", a affirmé la Banque centrale dans un communiqué.

Le décret gouvernemental évoque des mesures "provisoires et urgentes pour réguler davantage le régime des changes et fortifier le fonctionnement normal de l'économie".

A Washington, le Fonds monétaire international (FMI) a dit "analyser le détail des mesures". Le fonds "restera en contact étroit avec les autorités et continuera aux côtés de l'Argentine en ces temps éprouvants", a fait savoir un porte-parole de l'institution. Les mesures annoncées dimanche constituent un revirement pour le gouvernement libéral de Mauricio Macri, qui depuis son arrivée au pouvoir en 2015 était hostile à toute mesure de contrôle des changes.

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En 2017, il avait notamment aboli une règle en vigueur depuis 50 ans qui obligeait les entreprises exportatrices argentines à changer en pesos les devises qu'elles encaissaient. La crise économique s'est aggravée en Argentine après le revers électoral de M. Macri le 11 août. Le péroniste de centre gauche Alberto Fernandez fait désormais figure de favori pour le scrutin présidentiel du 27 octobre, après sa large victoire aux élections primaires où il a remporté 47% des suffrages, loin devant M. Macri (32%) qui brigue un second mandat.

Crainte du défaut de paiement

Mercredi, l'Argentine a demandé au FMI un rééchelonnement de sa dette de 57 milliards de dollars. Selon l'accord signé en 2018, les premiers remboursements doivent intervenir en 2021. L'économie argentine, en récession depuis 2018, connaît une des inflations les plus élevées au monde (25,1% entre janvier et juillet, 54,4% sur les 12 derniers mois), une baisse de la consommation, des fermetures de commerces et une augmentation de la pauvreté (32% en 2018) et du chômage (10,1% cette année).

Les marchés se montrent très inquiets dans la perspective d'un changement de gouvernement à la tête de la troisième économie d'Amérique latine. Le peso argentin a perdu plus de 20% depuis le 11 août, et près de 70% depuis janvier 2018. La crainte principale des marchés et des Argentins eux-mêmes est désormais le défaut de paiement.

En 2001, le pays, incapable de faire face aux échéances de remboursement de sa dette, avait connu le plus important défaut de paiement de l'histoire et une grave crise économique et sociale qui avait traumatisé les Argentins et les marchés financiers.

La classe moyenne au bord du "défaut de paiement" elle aussi*

Crédits impayés, dettes auprès de l'école des enfants, du médecin ou du psychologue : la classe moyenne argentine est au bord du "défaut de paiement", à l'instar des comptes du pays.

"Nous n'arrivons pas à tout payer, nous coulons petit à petit", se lamente Monica qui, honteuse du retard de paiement des frais de scolarité de ses deux enfants. Comme beaucoup de ses amis, cette avocate de 42 ans et son mari, comptable, maintiennent leur niveau de vie au prix d'impayés, alors que l'inflation en Argentine pourrait atteindre cette année 50%.

"Sans épargne, nous avons commencé il y a trois ans à payer nos dépenses quotidiennes avec des crédits. Autrefois, c'était pour acheter les cadeaux de Noël, aujourd'hui c'est pour payer la lumière, le téléphone, la nourriture, tout !".

A l'image du pays qui vient de demander au Fonds monétaire international (FMI) un rééchelonnement de sa dette de 57 milliards de dollars, la stratégie mise en oeuvre par la famille au quotidien a conduit à des dettes désormais impossibles à honorer.

"Au début, nous remboursions tout le crédit accordé par le biais de notre carte (de crédit) à la fin de chaque mois. Puis nous n'y sommes plus arrivés, et avec le taux d'intérêt (jusqu'à 170% annuel), nous sommes au bord de la ruine", raconte la quadragénaire, incrédule devant la rapidité du changement.

Afin de ne pas renoncer à l'utilisation de la voiture familiale, Monica l'a convertie au gaz naturel, moitié moins cher que l'essence. Pour économiser sur la coiffure, elle a appris comment se couper les cheveux elle-même. Par chance, le couple est propriétaire de son appartement et a un emploi, dans un pays où le taux de chômage atteint 10% et la pauvreté touche 32% de la population.

"Nous avons une dette envers le psychologue, nous sommes en retard pour le paiement des charges de copropriété et de la mutuelle, nous n'allons plus au supermarché, mais dans les magasins de gros et nous renonçons aux vacances", énumère-t-elle.

"Payer, payer..."

Ni elle, ni son mari ne soutient le gouvernement du président de centre droit Mauricio Macri, qui avait fait appel en 2018 au FMI, mais n'a pas pu empêcher l'économie d'entrer en récession et la monnaie de dévisser.

"Qu'est ce que nous espérons ? Nous savons qu'il nous faudra des années pour nous remettre à flot et nous désendetter, et peut-être que nous n'y arriverons jamais", se désole l'avocate.

Pas plus que Monica, Miguel, 50 ans, ne souhaite donner son nom. Marié, père d'une fille de 17 ans, il fait des ménages dans une entreprise. La spirale de ses dettes l'empêche de dormir.

"En trois ans, j'ai contracté quatre emprunts : deux pour payer le crédit de ma carte, que ma banque a fini par me retirer car je ne payais plus, et deux autres pour payer les premiers crédits car les taux d'intérêts étaient partis en sucette", explique-t-il.

La moitié de son salaire de 30.000 pesos (460 euros) va au remboursement de ses emprunts. Pour économiser sur les transports, il fait une partie de son trajet quotidien en vélo.

"De cette façon, je ne dépense que 300 pesos (4,50 euros) par mois, sinon ce serait le double"."Des petits plaisirs ? Même pas le cinéma en famille une fois par mois, seulement payer, payer", répète, accablé, le quinquagénaire qui vit avec sa famille dans la maison de sa mère.

Au moins, il n'a pas de loyer à payer à la différence de Claudia, 45 ans. L'entreprise où elle travaillait a mis la clé sous la porte en 2017 et elle a dû déménager dans un studio avec ses deux enfants de 11 et 17 ans.

"Je suis passée de la gestion de 40 magasins à faire des ménages à l'heure", explique-t-elle.

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L'an dernier, elle a retiré sa fille de l'école privée pour la mettre dans un établissement public avec cantine. "Ils la laissent toujours apporter un plateau supplémentaire" à la maison, dit-elle gênée. Parfois, elle-même ne boit qu'un verre d'eau sucrée en guise de souper.

Sonia Avalos et Liliana Samuel, AFP

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