Les impacts sur l'environnement existent à tous les étages des activités aéronautiques et spatiales. L'évaluation de la durabilité des projets vient ainsi autant contraindre que stimuler l'innovation dans ce secteur hautement technologique qui doit aussi s'interroger sur la finalité de ses usages, comme l'ont souligné les débats lors du 4e Sommet Aéronautique & Spatial de Bordeaux Métropole, qui a rassemblé 600 participants à Mérignac le 17 octobre.Pièce centrale du secteur, l'innovation est au cœur du réacteur des métiers de l'aéronautique et du spatial. Aux traditionnelles contraintes financières, techniques et règlementaires, l'innovation doit désormais ajouter la contrainte environnementale. La soutenabilité tout au long du cycle de vie est poussée par la nécessité de réduire les impacts du secteur, depuis les rejets de combustion en passant par la création de traînée de condensation induisant la formation de nuages d'altitude...
« Un vrai champ d'exploration pour l'innovation »
« La décision sur l'évolution des technologies ne peut se faire sans tenir compte de l'ensemble du cycle de vie d'un avion, sur une trentaine d'années. Or, savoir ce qu'est une bonne innovation suppose parfois des connaissances que nous n'avons pas, témoigne Philippe Bidaud, directeur scientifique du domaine traitement de l'information et systèmes à l'Onera, le centre français de recherche aérospatiale. Prenons le cas des lanceurs réutilisables, dont il est difficile d'évaluer si c'est une bonne ou une mauvaise idée car ils rejettent une production de carbone très importante et supposent d'utiliser beaucoup plus de carburant. »
Même écho pour Timon Vicat-Blanc. Ingénieur aérospatial, il est membre du collectif Aéro Décarbo, qui ambitionne de créer les conditions d'un débat apaisé sur la capacité du secteur à maîtriser ses émissions de gaz à effet de serre et à se développer dans des proportions compatibles avec un monde vivable en 2100. « Du design à la combustion lors des lancements en passant par le travail des ingénieurs, les impacts sont à toutes les étapes. Pour certaines d'entre elles, l'impact sur la Terre des aérosols émis dans la stratosphère par exemple, nous ne disposons pas de beaucoup de pistes sur le bilan énergétique. Il s'agit donc d'un vrai champ d'exploration pour l'innovation », avance-t-il.
Une course à la technologie
Implantée en Gironde, la start-up HyprSpace accélère de son côté une technologie de propulsion hybride, mêlant un carburant liquide et un carburant solide, pour des mini-lanceurs pouvant porter jusqu'à 250 kilos. « Nous pensons que c'est un moyen de propulsion plus simple, moins cher et plus écologique. Nous travaillons sur l'ensemble du cycle de vie. Les propulseurs sont plus simples, avec moins de pièces à produire et des matériaux qui peuvent être biosourcés. Nous allons le produire sur un cycle de vie beaucoup plus court, avec beaucoup moins d'impacts », détaille Nicolas Billecocq, directeur des opérations de l'entreprise de 65 salariés.