Mieux dans mes vacances
Sophie Peters
Sophie Peters
Si cette chronique s'intitule « Mieux dans mon job », avoir pour projet d'être « mieux dans ses vacances » fait aussi partie de l'épanouissement de la vie professionnelle. Pas question de cloisonner. On le fait déjà beaucoup trop toute l'année. J'aurais aussi pu emprunter le titre de cet article à Henri Laborit avec « Éloge de la fuite ». Voilà un ouvrage, paru en 1976, qui n'a pas pris une ride et dont je ne saurais trop vous recommander de le glisser dans votre valise. Certes, ce médecin spécialiste de la biologie des comportements établit un constat assez sombre de notre condition : « La vie quotidienne du plus grand nombre est remplie par un travail sans joie qui permet l'approvisionnement en substrats et pour certains, par un espoir de satisfactions narcissiques, de gratifications matérielles ou d'exercice de la dominance, de repli sur la famille et de loisirs organisés. » Mais c'est pour mieux nous enjoindre à renouer avec le désir. Car l'homme est un être de désir.
Vivre avec les autres
Le travail ne peut qu'assouvir des besoins. Ce qu'il lui faut pour retrouver l'équilibre c'est, selon le professeur, une nouvelle grille qui rendrait signifiant pour lui l'ensemble des faits techniques, sociaux et culturels qui l'assaillent chaque jour et créent chez lui l'angoisse. Cette fameuse grille, elle est à trouver en soi. « Quand les sociétés fourniront à chaque individu dès le plus jeune âge puis toute sa vie durant autant d'informations sur ce qu'il est, sur les mécanismes qui lui permettent de penser, de désirer, de se souvenir, d'être joyeux ou triste, calme ou angoissé, furieux ou débonnaire, sur les mécanismes qui lui permettent de vivre, en résumé de vivre avec les autres. Quand elles lui donneront autant d'informations sur cet animal curieux qu'est l'homme qu'elles s'efforcent depuis toujours de lui en donner sur la façon la plus efficace de produire des marchandises, la vie quotidienne de cet individu risquera d'être transformée. » Henri Laborit a raison de souligner à quel point nous n'avons pas été éduqués ni entraînés à voir clair en nous. On nous apprend à gagner notre vie mais pas à exercer l'attention de l'esprit. Alors, au lieu d'enchaîner votre année de « production » avec de la consommation tous azimuts, profitez au mieux de ces congés d'été pour prendre vos distances et partir à votre rencontre. Avec la crise financière, ces vacances-ci ne devraient pas tout à fait ressembler aux précédentes. Pour la bonne raison que tous, nous ressentons de manière diffuse que notre culture doit se métamorphoser et que nous avons à changer notre rapport au temps et aux choses. La question du sens que nous recherchons ne peut plus s'aborder par la technique du « remplissage ». Il faut arrêter de saturer le temps d'exercices physiques et de trop-plein culturel. Laisser l'espace intérieur nous remplir. L'introspection vous apprendra que l'on vous a caché l'essentiel, que les choses se contentent d'être, que c'est nous qui leur attribuons une valeur.
Introspection
Sophie Peters
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