"Cadres sup" : responsables mais pas coupables
Sophie Péters
Sophie Péters
Il y a une expression dont les médias raffolent : ne pas jeter le bébé avec l'eau du bain. Il semblerait que sur le sujet de la souffrance au travail, le bébé soit malheureusement en mauvaise posture. C'est bien simple, partout il est question de remettre en cause le travail avec un grand T. Or la dernière enquête de l'observatoire Cegos sur le climat social dans les entreprises indique que 68 % des salariés se déclarent globalement satisfaits de leur travail. Ils sont autant impliqués (77 %) et motivés (61 %) qu'en 2008. Seul un salarié sur cinq est mécontent. À l'inverse, c'est le climat social qui est remis en cause : 25 % le trouvent carrément mauvais et ils ne sont que 45 % à le juger bon. La charge de travail est montrée du doigt : 56 % trouvent l'effectif de leur service inadapté aux tâches qui leur sont assignées. Un sur deux ajoute que le travail n'est pas efficacement distribué au sein de l'équipe. Enfin, une grande moitié reproche à leur manager de ne pas traiter tous les collaborateurs sur un pied d'égalité : il ne régule pas les conflits au sein de l'équipe, il n'est pas assez à l'écoute et ne les soutient pas. Résultat, tous avouent lever le pied quand ils ne sont pas satisfaits. Les médecins qui suivent de près la souffrance au travail sont unanimes : le sentiment de mal faire son job est bien plus nocif pour la santé que la simple surcharge. Tout comme celui de se sentir pris entre le marteau et l'enclume. Au c?ur de la souffrance au travail : la relation. Les intervenants extérieurs qui fréquentent les entreprises le constatent quotidiennement. Comme Antoine Fenoglio et Frédéric Lecourt, designers industriels, dirigeants de l?agence Sismo : « La façon de mener les projets a changé. Tout le monde obéit. Personne ne commande. On rencontre des gens dans un état de stress énorme. On les sent en panique, prêts à verser à tout moment dans l'irrationnel. En réunion, quand vous voyez un homme de 40 ans les larmes aux yeux, vous vous dites qu'il y a un problème. On les quitte le vendredi soir épuisés, on les retrouve le lundi matin dans le même état. Il y a une pression de malade. On dit aux cadres intermédiaires d'innover, de prendre des initiatives, de faire des choses sans leur dire quoi. On leur a fait croire dans leur définition de poste qu'ils pouvaient décider mais on ne leur donne aucun ordre et ils ne savent pas où aller. On dirait des canards à la tête coupée qui courent partout. »
Sophie Péters
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