« Pendant quelques heures, tout s'est déroulé comme s'il n'y avait plus aucune interconnexion. C'est-à-dire, en l'occurrence, plus aucune exportation de la France vers l'Allemagne », explique Emeric de Vigan, responsable des marchés de l'électricité...
STEPHANE MAHE
Hier, les prix allemands de l’électricité ont atteint 490 euros le mégawattheure sur le marché européen au comptant, tandis qu’ils ont plongé à moins de 3 euros/MWh dans l’Hexagone. La cause : un bug informatique a entraîné un découplage total entre les deux pays. Cela signifie-t-il qu'en temps normal, les échanges aux frontières tirent à la hausse les cours en France ? Attention aux conclusions hâtives, préviennent des spécialistes.
Que se passerait-il si la France et l'Allemagne, dont les choix en matière énergétique s'avèrent bien différents, n'échangeaient plus du tout d'électricité ? Un bug informatique, survenu hier, en livre un bref aperçu : Epex, la principale bourse d'échange d'électricité sur le Vieux continent, où les opérateurs indiquent les prix et volumes qu'ils souhaitent acheter ou vendre, a dû mener ses propres enchères locales en raison d'importantes difficultés techniques.
Si bien que les capacités frontalières n'ont pas été allouées entre les deux pays. « Pendant quelques heures, tout s'est déroulé comme s'il n'y avait plus aucune interconnexion. C'est-à-dire, en l'occurrence, plus aucune exportation de la France vers l'Allemagne », précise Emeric de Vigan, responsable des marchés de l'électricité chez Kpler.
Et le résultat est saisissant : tandis que l'Hexagone affichait alors un prix de 2,96 euros le mégawattheure (MWh) pour une livraison le lendemain, ce chiffre grimpait à 492 euros par MWh outre-Rhin ! Soit près de 160 fois plus. « Cela confirme qu'en ce moment, si l'on n'exportait pas, les prix chuteraient chez nous », commente l'économiste spécialiste des marchés de l'électricité Jacques Percebois.
La France importe pour passer l'hiver
De quoi donner corps à la proposition du Rassemblement national de revoir en profondeur les règles du marché européen de l'électricité afin de refléter un « prix national » ? Au contraire, estiment les deux spécialistes.
« Cela montre justement l'importance d'optimiser les échanges. Quand nous vendons de l'électricité à l'étranger, cela nous rapporte aussi de l'argent ; c'est bon pour la balance commerciale. Et d'un point de vue climatique, cela permet de faire tourner des réacteurs nucléaires en France afin d'éteindre des centrales à gaz allemandes ! », justifie Emeric de Vigan.
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