Le recyclage, « un frein à la transformation de nos comportements »
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La loi anti-fast-fashion ne prévoit pas de limitation de volume de production
© JEAN-FRANCOIS FORT / HANS LUCAS
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« La journée mondiale du recyclage est un frein à la transformation nécessaire de nos comportements et de nos modèles économiques, fustige François-Michel Lambert. Le recyclage, c'est comme si un médecin prescrivait une heure hebdomadaire de sport à une personne en situation d'obésité sans lui demander de réduire sa consommation. » Cela évite de modifier le système. Mais c'est devenu l'alpha et l'oméga des politiques publiques en matière d'économie circulaire. Et, donc de la communication sur ce sujet, comme l'illustre cette célébration mondiale.
Pour passer d'une empreinte matière annuelle de 20 tonnes par personne aujourd'hui à 10 tonnes d'ici à 2050 comme le préconise l'Ademe dans un rapport de 2023, cela ne suffira pas.
Comme le rappelle l'ancien député (Libertés et Territoires) de 2012 à 2022, qui a fondé dès 2013 l'Institut national de l'économie circulaire, « les travaux de recherche convergent sur une hiérarchisation des 10 actions les plus efficaces à mettre en œuvre, qui place le recyclage à la neuvième place. » Baptisée « Théorie des R dans l'économie circulaire », cette liste regroupe 10 actions en trois groupes : une utilisation plus intelligente du produit et de sa production (Refuser, repenser, réduire) ; une extension de la durée de vie du produit et de ses composants (réutiliser/ré-employer, réparer, reconditionner, remanufacturer, upcycler) ; et, enfin, une exploitation utile des matériaux en fin de vie, où le recyclage ne devance que la valorisation de l'énergie issue de l'incinération. Autre hiérarchisation invoquée par François-Michel Lambert, qui siège à la commission « Economie circulaire » de l'Afnor : la norme ISO 59004, qui définit 13 niveaux d'actions, dont le recyclage, qui arrive en onzième position. Là encore, après refuser, repenser, réduire, réparer, etc.
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Dans l'hypothèse très virtuelle où il serait possible de recycler 100% de la matière utilisée, le recyclage ne serait toujours pas la meilleure solution à notre obésité collective. D'abord, en raison de la loi de l'entropie, qui fait que l'énergie dépensée pour transformer une matière l'est de façon irréversible ; mais aussi parce, par exemple, les 200 grammes d'un smartphone ont nécessité de mobiliser 200 kilos de matières ; parce que même intégralement recyclée, le volume de matière en circulation reste insuffisant dans un contexte de consommation croissante. De toutes façons, en raison des « pertes en ligne », on dépasse difficilement 20 à 30% de matière recyclée.
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