Ce devait être, après celui des EPR de Penly, l'un des plus grands chantiers industriels de l'Hexagone. Les permis de construire étaient déposés, et l'État l'avait même décrété « projet d'intérêt national » pour accélérer les procédures. Mais patatras : par la voix de son patron pour la France, le chimiste américain Eastman confirme à La Tribune « retarder » la construction de l'usine de recyclage chimique du plastique à 1 milliard d'euros qui devait démarrer l'an prochain sur le complexe de Port-Jérôme en Seine-Maritime. Combien de temps durera la pause ? Mystère. Eric Dehouck se refuse à fixer une date.
À l'entendre, la raison de ce retard à l'allumage est à aller chercher du côté de Bruxelles et de sa nouvelle directive sur les emballages (dite PPWR). Celle-ci prévoit une accélération de l'incorporation de matières plastiques recyclées dans les contenants, ce qui, a priori, a tout pour plaire à l'industrie du recyclage.
« Il est prévu des clauses miroirs [qui imposent aux fabricants hors UE les mêmes normes qui celles en vigueur en Europe, NDLR], mais nous n'aurons de visibilité sur ces clauses que fin 2026, sans compter qu'elles sont très compliquées à mettre en place », déplore-t-il. Dans l'entourage du président du conseil régional de Normandie, soutien du projet américain, on se montre plus direct. « Une nouvelle fois, l'Europe fait preuve d'un libéralisme naïf au prétexte de respecter les règles de l'OMC », enrage un proche d'Hervé Morin.