OPINION. « Loi Fast Fashion : Le gouvernement est-il en train de céder à M. Castaner ?»
Collectif (*)

Photo d'illustration
REUTERS/Phil Noble
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Il y a près d'un an, une proposition de loi était adoptée à l'unanimité à l'Assemblée nationale, pour lutter contre la fast fashion et son modèle destructeur du secteur textile français.
La discussion de ce texte au Sénat, après avoir été annoncée pour le mois de mars, vient à nouveau d'être repoussée par le gouvernement.
Après l'hécatombe qui a touché les enseignes du milieu de gamme français entre 2020 et 2023, après les fermetures en cascade d'usines françaises des derniers mois, comment justifier ce nouveau report ?
La ministre déléguée Véronique Louwagie évoque le besoin de "travailler" encore sur le texte pour mieux "protéger" les entreprises françaises. Mais nous, représentants de l'industrie textile et des marques françaises, sommes consternés. Le gouvernement n'a-t-il pas saisi l'urgence ? Ou cède-t-il progressivement aux sirènes des nouvelles recrues de Shein, à commencer par M. Christophe Castaner ?
Les plateformes de l'ultra-fast fashion ont renforcé leurs actions ces derniers mois, à Paris comme à Bruxelles, dans le but de faire échouer l'initiative française. En plus de deux anciens ministres français, elles ont recruté un ex-commissaire européen et un ex-dirigeant du Medef. Leur discours vise à diviser les rangs dans le secteur textile, en présentant la proposition de loi comme une menace potentielle pour certains acteurs traditionnels.
Ne nous y trompons pas : le vrai danger, c'est la fuite en avant dans laquelle nous entraînent ces plateformes. L'ultra fast fashion est un rouleau-compresseur, qui tire les prix vers le bas au mépris de toutes considérations sociales ou environnementales. À cause de cette concurrence déloyale, c'est toute une partie du paysage textile français qui est en train de disparaître. En exploitant des modèles de renouvellement des références ultra-rapides, véritable désastre écologique, et une production de masse à coûts dérisoires, elles poussent les détaillants indépendants, les enseignes et plateformes responsables et les marques françaises à une guerre des prix intenable, au sacrifice de leurs marges voire jusqu'à leur disparition. Tous les métiers du secteur textile sont concernés, de la production de fibres jusqu'aux grandes enseignes de distribution appréciées des Français.
Voulons-nous d'un modèle unique, écrasant, dans lequel surconsommation rime avec exploitation ? Non, et c'est bien ce que nos députés ont exprimé, avec force, il y a un an. Leurs collègues, au Sénat, ne demandent qu'à discuter le texte aujourd'hui.
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Les mesures proposées sont simples et vont droit au but. L'interdiction de la publicité s'appliquera aux plateformes qui poussent à la surconsommation en proposant des dizaines de milliers de nouvelles références de vêtements chaque jour. Le système de bonus-malus permettra de lutter contre la concurrence déloyale de produits low cost à fort impact environnemental.
Il ne tient qu'au gouvernement de porter ces mesures proposées par les parlementaires, mais il faut faire vite. Nos entreprises ne peuvent pas, ne peuvent plus attendre. Sans loi Fast fashion, dans quelques mois, des dizaines d'autres acteurs du secteur textile auront fermé leurs portes. Et il ne restera que des miettes d'une industrie qui s'était pourtant relevée pendant le Covid.
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(*) Signataires :
- Julia Faure, Impact France (Co-présidente), En Mode Climat (Présidente)
- Pierre-François Le Louët, Union Française des Industries Mode & Habillement (Co-Président)
- Aurélie Chamaret, Fédération des Scop et des Scic de l'Industrie (Déléguée générale)
- Yann Rivoallan, Fédération Française du Prêt à Porter Féminin (Président)
- Jocelyn Meire, Mode In Sud (Président)
- Jean-Paul Crenn, Fédération du e-commerce en Occitanie (Président)
- Myriam Chikh-Mentfakh, groupement Façon de faire (Secrétaire générale)
- Pierre Talamon, Fédération Nationale de l'Habillement (Président)
- Lionel Guérin, Union Française des Industries Mode & Habillement (Co-Président), Fédération Française des Industries du Vêtement Masculin (Président)
- Dominique Gruson, Fédération des Industries Diverses de l'Habillement (Président)
- Sylvie Chailloux, Groupement de la Fabrication Française (Présidente)
- Claire Besançon, Chambre Syndicale du Prêt-à-Porter Masculin (Présidente)
- Patrick Hervier, Mode Centre Val-de-Loire (Président)
- Eric Sprung, Syndicat de Paris de la Mode Féminine (Président)
- Jacques Martin-Lalande, Mode Grand Ouest (Président)
- Pierre-Jacques Brivet, Modalyon (Président)
- Jean-Luc Maniguet, Normandie Habillement (Président)
- Eric Mézin, Union des Industries Textiles & Habillement du Nord (Délégué Général)
- Frank Boehly, France Industries Créatives (Président).
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