André Téchiné : « J’aime bien que les gens soient bousculés »
Propos recueillis par Charlotte Langrand
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La Seine s'écoule, paisible, en face des fenêtres de son appartement. André Téchiné, 81 ans, se dirige d'un pas délicat au salon et, malgré une vilaine toux, choisit ses mots pour parler de son dernier film, une histoire d'amitié compliquée entre une policière et ses nouveaux voisins dont l'un est activiste black bloc. Un récit nuancé et sensible de l'un des plus grands cinéastes français qui, en cinquante ans de carrière, a tissé un portrait intime de la France et fait tourner les meilleurs : Béart, Binoche, Adjani, Huppert, Dewaere, Auteuil et bien sûr Deneuve, avec qui il a travaillé à huit reprises. Barocco, Hôtel des Amériques, Rendez-Vous, Ma saison préférée, Les Roseaux sauvages... : autant de chefs-d'œuvre auxquels vient s'ajouter Les Gens d'à côté, un film qui peut enfin sortir en salles, après le classement sans suite de la plainte pour harcèlement sexuel portée contre lui par l'acteur Francis Renaud (lire en bas de page). Rencontre avec un cinéaste en plein questionnement sur son art et son époque.
LA TRIBUNE DIMANCHE - Cette histoire vous a-t-elle été inspirée par l'actualité, comme pour La Fille du RER en 2009 ?
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ANDRÉ TÉCHINÉ - L'ensemble du film est une sorte de patchwork, avec des « greffes » que j'ai puisées dans la réalité et que j'ai assemblées. Comme spectateur de télévision, j'ai vu des images sur le mode opératoire des black blocs et aussi des manifestations de policiers après des suicides de collègues. Ces rassemblements témoignent non pas de leur rapport à l'autorité mais de leur vulnérabilité : c'est cette part, non pas des « forces » de l'ordre mais des « faiblesses » de la police, que j'avais envie d'injecter dans Les Gens d'à côté, car elle est simplement moins représentée que l'habituelle image justicière et rageuse du policier.
Vous filmez cette France de voisinage où les gens vivent proches mais se croisent peu. Vous vouliez soulever le toit de ces maisons pour savoir « qui vit à côté » ?
Propos recueillis par Charlotte Langrand