Autour de Cannes, un festival de lieux d’art
Par Daniel Schick
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Le Palais Bulles, à Théoule-Sur-Mer.
© LTD / ABACA
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Le Palais Bulles, à Théoule-Sur-Mer.
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D'étranges et innombrables bulles s'accrochent à la colline de Théoule comme une pieuvre à son rocher, une pieuvre à mille yeux, à mille tentacules, à mille couloirs et mille bulles. Chaque bulle est une pièce dont les fenêtres sont des yeux globuleux et gourmands qui dégustent en CinémaScope la vue sur la mer. À l'intérieur, la déambulation donne l'impression d'habiter une station spatiale ou un sous-marin, en tout cas pas une demeure terrienne. Entre 1979 à 1984, Antti Lovag, architecte hongrois « habitologue », comme il se définit, fait construire ce palais ovniesque, immense sculpture de vingt-neuf igloos, vingt-neuf pièces tout en ovales et rondeurs.
Ce défi esthétique et technique est financé par le premier propriétaire du Palais Bulles, Pierre Bernard, avant que Pierre Cardin ne s'en empare en 1992. Cardin y voit le miroir de ce qu'il est à l'époque, un futuriste. Y dormir, un privilège absolu, c'est être 20 000 lieues sous les mers avec vue sur les étoiles. Des hublots au-dessus des lits permettent de les compter. Certaines entrent même au Palais Bulles, et ce n'est pas de la fiction. Pendant le Festival et ses fêtes ultra-sélectives, on peut y croiser des étoiles, des stars égarées. Trouver un salon, une des piscines, n'est pas simple. Se perdre fait partie du jeu, du plaisir. Le dédale de bulles est idéal pour les rencontres. Des couples d'acteurs y sont nés, et pas des couples de cinéma.
Pendant le Festival a lieu le plus impressionnant rassemblement de grosses têtes qui soit. Les plus monumentales gisent au fond de la Méditerranée à quelques brasses du Palais des festivals. Leur royaume n'a pas de murs. Le silence qui embrasse ces Cannois des mers contraste avec le tohu-bohu phénoménal du Festival. Pour écouter le silence, contempler ces grosses têtes au melon non grossissant, il faut plonger au large de l'île Sainte-Marguerite.
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À quelques mètres de la surface, six Cannois sont immergés à vie. En 2021, le plasticien anglais Jason deCaires Taylor fait déposer sur le sable six têtes géantes de Cannois, dix tonnes chacune. Un festival subaquatique de Cannois sculptés à partir des photographies de leurs visages. Les sculptures de cet écomusée sous-marin ont été imaginées afin que la nature s'en empare. Aujourd'hui coquillages et algues caressent les œuvres. Demain, la mer les absorbera comme tant de sculptures antiques l'ont été. Après-demain, des hommes les trouveront au large d'une Cannes peut-être engloutie. Ils se demanderont alors de quelles têtes il s'agit. Un bon début de film ?
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