Est-ce cela, la « magie » du cinéma ? Le Festival de Cannes aurait-il le don de transformer son scénario catastrophe en un film à succès ? Car la première semaine de cette 77e édition déjoue finalement les pronostics des cassandres complotistes qui, lundi encore, prédisaient que les rumeurs d'une lame de fond MeToo allaient plomber l'ambiance du Festival. En début de semaine, Thierry Frémaux réglait ses comptes avec Mediapart, les acteurs français refusaient la plupart des interviews par peur des questions embarrassantes et une pluie battante forçait les baraques à glaces de la Croisette à baisser le rideau, balayant les trottoirs de Cannes en emportant avec elle les espoirs de robes échancrées et de brushings au cordeau... La fête s'annonçait tendue, l'ambiance était aux sourcils froncés et aux esprits chagrins.
Et puis il y eut les femmes. D'abord, Camille Cottin : mardi soir, la maîtresse de cérémonie, splendide en robe noire Dior, a ouvert la quinzaine avec un discours fin et rythmé, distribuant quelques piques bien senties sur le mouvement MeToo, pour mieux siffler la fin d'une époque : « Je précise que les rendez-vous professionnels nocturnes dans les chambres d'hôtel des messieurs tout-puissants ne font plus partie des us et coutumes du vortex cannois », a-t-elle lancé d'un air entendu. Puis ce fut le tour de la très solaire Zaho de Sagazan. Surprenant l'assistance par son arrivée depuis le fond de la salle Lumière du Palais des festivals, elle a balancé avec énergie et en socquettes blanches le tube de David Bowie Modern Love à une présidente du jury émue aux larmes : Greta Gerwig, la troisième femme de la soirée, qui, en tant qu'actrice avait couru avec fougue sur cette chanson dans le film Frances Ha de Noah Baumbach (2012) - comme Denis Lavant dans le film de Leos Carax Mauvais Sang (1986).