C'est la mode chez tous les restaurateurs : créer des couteaux de table uniques. Chez les Bras, les couteaux sont une passion de toujours, implantée dans le terroir de Laguiole (Aveyron), haut lieu de la coutellerie. Récit avec le cuisinier-collectionneur Sébastien Bras.
Propos recueillis par Charlotte Langrand
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Le couteau à fromage de la forge de Laguiole designé par André et Michel Bras gagne en popularité.
LTD/Forges de Laguiole
J'ai l'amour des couteaux en moi depuis longtemps... Après la guerre, mes grands-parents paternels se sont installés à Laguiole, je suis d'ailleurs l'un des derniers enfants à y être nés. Mon grand-père a été maréchal-ferrant et forgeron - nous avons toujours son enclume - puis a acheté un petit hôtel-restaurant à Laguiole. J'ai eu un couteau Laguiole pendant longtemps... c'est vraiment l'objet identitaire d'ici, la tradition veut que les parents nous remettent un couteau à l'adolescence, symbole du passage à l'âge adulte. Mon père [Michel Bras] m'a transmis un Laguiole en corne, avec une lame « damas ».
Pour mes 40 ans, mon grand-père maternel, vieillissant, m'a aussi donné un Laguiole, de 11 centimètres : à travers ce geste, il me transmettait l'histoire de la famille. Je n'ai pas encore perpétué la tradition, mais mon fils de 18 ans me pique souvent mes couteaux ! Je lui ai instillé cette passion sans le vouloir... Je lorgne aussi du coin de l'œil la collection de mon père : des couteaux souvenirs de voyage, pas de cuisine.
Photo d'illustration (Crédits : LTD/Julien Coquentin - Hans Lucas)
De père en fils, la famille Bras collectionne les couteaux de cuisine. (Crédits : LTD/Julien Coquentin - Hans Lucas)
Le goût de l'affûtage
C'est l'outil symbole de notre métier. À chaque service, j'aime ce cérémonial : j'aiguise mes couteaux, même si ce n'est pas nécessaire, c'est ma façon de me concentrer avant le coup de feu. Je suis très maniaque sur la qualité de coupe : tous les « jeunes » de mon équipe me demandent des conseils d'affûtage ! Parfois l'état de leurs couteaux me désespère... On parle beaucoup du « geste » du cuisinier, mais il faut avant tout avoir un bon ustensile !