Et Dieu dans tout ça ?

Denis Lafay
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Parce qu'elle résonne bien au-delà de l'intimité personnelle et porte son rayonnement dans le champ professionnel. Parce que son empreinte séculaire et tentaculaire, autrefois omniprésente dans toutes les strates de la société et incontournable à chaque intersection des mondes politique et philosophique, a innervé la sphère économique et sociale. Ne sont-ce pas les protestants qui ont inspiré le principe de co-gestion en Allemagne, et les catholiques français qui ont préparé la naissance des allocations familiales ? N'est-ce pas à la doctrine sociale de l'Eglise que se réfèrent les dirigeants chrétiens pour cheminer spirituellement dans les marécages souvent piégés de l'économie ? Dès lors que l'homme est pourvu d'une conscience et que celle-ci est directement corrélée à sa spiritualité, l'entreprise accueille de plein fouet cet impact. Inévitablement.
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Lorsqu'elle place l'homme au cœur de ses préoccupations, dans le respect de sa dignité et de sa croyance ou de son incroyance, la foi sert le dirigeant et le guide judicieusement dans ses décisions. Quand elle dérape, s'impose moralisatrice et s'éprend d'idéologie, quand elle élude avec opportunisme quelques règles élémentaires, elle détruit. Le croyant dans l'entreprise navigue entre ces deux directions, parfois hésite, se soumet, capitule, se ressaisit, malmené par un environnement et des pressions qui mettent au défi et violentent parfois son intégrité spirituelle. La valeur d'un individu se mesure sans doute à la résistance qu'il livre à tous les agresseurs de la dignité humaine. Celle d'un chrétien ne répond-elle pas de ce même dessein de pourchasser les injustices ? Et là les disparités sont criantes, parfois déconcertantes, les témoins les plus emblématiques du « patronat chrétien » n'étant pas forcément - parfois même loin de là - les plus humbles et les plus vertueux...
Acteurs de l'économie vous fait découvrir des désillusions, des convictions, des échecs, des initiatives, bref le monde des croyants dans l'entreprise. Ce monde, c'est le Président d'une banque qui ne « se sent pas concerné » par l'immixtion problématique de l'argent dans l'épanouissement de sa foi; ce sont ces prêtres ouvriers engagés auprès des plus démunis mais victimes d'une campagne d'enragés - issus de l'Eglise ou du patronat - qui a désormais enseveli leur reconnaissance : espérons que la mémoire leur survive; ce sont aussi ces chrétiens qui ont adopté un mouvement coopératif qui épouse fidèlement certains principes énoncés dans l'Evangile. Le monde des croyants, c'est ce dirigeant marocain qui fait cohabiter harmonieusement musulmans et non musulmans dans son entreprise de 180 salariés assiégée, dans les quartiers nord de Marseille, par les bastions menaçants de Vitrolles ou de Marignane; c'est également le Président du CFPC qui estime « qu'être chrétien prémunit de l'idéologie » et évoque le risque, lorsqu'on n'est pas chrétien, de « vouloir prendre la place de Dieu et de tomber dans des systèmes purement humains qui refusent la transcendance. Dans cette quête de rendre l'entreprise plus respectueuse de la dignité humaine, la réponse d'un chrétien, semble comporter des exigences plus profondes que celle d'un humaniste ». Des allégations étonnantes que chaque lecteur étalonnera sur celles du Vice -Recteur de l'Université Catholique de Lyon qui affirme que « fort heureusement, les chrétiens ne sont pas les seuls à avoir le sens de la grandeur et de l'extrême dignité de l'homme ». Le monde des croyants, c'est ce PDG emprisonné dans ses inepties qui juge « qu'être chrétien exclut de penser et de voter à gauche »; c'est aussi ce Président d'une CFTC qui, moribonde, attaquée de toutes parts affronte une crise identitaire et se cherche un positionnement crédible; et c'est bien sûr cet agitateur de conscience, prêtre et fondateur d'Habitat et Humanisme, dont les mots comme les actes, placent l'homme au cœur des enjeux, et le considèrent pour ce qu'il est: une vie, une dignité. Dommage toutefois qu'aucun des dirigeants protestants ou juifs sollicités n'ait accepté de témoigner.
Acteurs de l'économie a offert un temps d'écriture à des témoignages forts et des expertises pointues. François Fernex de Mongex, Jacques Descamps, Hugues Puel, Cyril Kretzschmar, René Valette, Jean- Luc Grolleau et Pierre Gire ont ainsi apporté un regard, une conviction qui interpellent, déplaisent ou enchantent. Qui réveillent. Leur point commun: la tolérance. Celle qui démontre aussi qu'il n'est pas nécessaire d'être chrétien pour aimer l'homme et construire une organisation économique et sociale autour de son rayonnement.
Denis Lafay
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