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« L'Afrique est le dernier relais de croissance »

Propos recueillis par Jean-Baptiste Labeur

Publié le 26 avril 2014 à 16:32 - Mis à jour le 27 avril 2014 à 12:07

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Le colloque autour de l'Organisation pour l'harmonisation en Afrique du droit des affaires (OHADA) s'est achevé vendredi à Lyon. Organisé par le Barreau de Lyon et le Conseil national des barreaux, il visait à mieux faire connaître cette organisation, tandis que l'Afrique vit un développement économique inédit. Quelle est la nature de cet essor ? Quels sont encore les obstacles ? Éléments de décryptage avec Hélène Quénot-Suarez, politologue spécialiste de l'Afrique chercheuse associée à l'IFRI.

Acteurs de l'économie : peut-on parler d'un boum de l'économie africaine ?

Hélène Quénot-Suarez : il y a tout de même une embellie africaine, mais c'est plutôt le fruit d'une évolution longue. Parler de boum ou de miracle, c'est excessif. Les taux de croissances moyens sont à 5 %. Cela fait rêver les politiques Français, mais il faut rappeler que ces pays sont partis de très bas.

Ce qui est intéressant en revanche, c'est que l'embellie est réelle. Elle est surtout plus structurée et plus durable que dans les années soixante-dix par exemple. Ce qui est nouveau, c'est que la structure de la croissance n'est pas portée par les seuls prix des matières premières, un tiers vient par la consommation africaine.

Est-ce que cela traduit l'émergence d'une classe moyenne ?

Au regard des critères de la Banque mondiale et du FMI non. Mais selon la Banque africaine du développement, une classe moyenne se constitue avec des revenus entre 2 et 20 dollars par jour. Ce sont des gens sortis de la pauvreté avec un toit et qui peuvent consommer un peu. Là oui, en Afrique cela existe.

Il faut ajouter que les Africains sont de plus en plus connectés, et donc ils ont eux aussi des désirs de consommation. Les Africains émergent, à un moment où le système est remis en cause en Europe. Il sera peut-être plus facile pour eux d'inventer de nouveaux modèles de consommation.

Comment décrire l'économie Africaine ?

Il est plus facile de parler des économies africaines. En général, il y a encore trop peu d'industrie et d'activités capitalistiques en Afrique. Quant à l'agriculture, elle reste le moyen de subsistance d'une majorité d'Africains et est peu modernisée. Et si on la modernise trop cela va mettre sur les routes un très grand nombre de gens.

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Quels sont encore les principaux obstacles ?

L'insécurité politique en est un. Il y a des régimes très autoritaires, mais qui économiquement s'en sortent bien. Il y a des pays instables qui n'incitent pas vraiment à s'installer. Ce qui est aussi problématique, c'est la transition politique dans certains pays. On a vu avec le Sénégal qu'une alternance n'est pas toujours évidente.

Quels sont les autres points faibles ?

À l'échelle du continent, c'est la taille. L'Afrique de l'Ouest est grande comme les États-Unis. Là, on se rend compte de la question des infrastructures. Elles sont trop peu nombreuses pour permettre de développer véritablement l'échange des marchandises.

Une fois ces verrous levés, l'autre problème, c'est la main d'œuvre. La question essentielle est de former et d'intégrer les jeunes sur le marché du travail. Face à cet afflux dans l'éducation et le monde du travail, personne n'a de réponse. La situation africaine, aujourd'hui, est si particulière qu'il va falloir inventer des modèles.

Mais les ressources naturelles sont considérables ?

Les ressources naturelles sont considérables, mais leur exploitation ne donne pas forcément lieu à des créations d'emplois massives localement.

Le travail de l'Organisation pour l'harmonisation du droit des affaires en Afrique (OHADA) va-t-il dans le bon sens ?

Ce que fait l'OHADA améliore les choses à l'échelle macroéconomique. Mais pour autant, la formalisation d'un droit commun, n'est pas une garantie d'un respect du droit pour tous au niveau local. Il faut aussi travailler sur la gouvernance.

À l'exception des grandes entreprises, la France peine à l'export en Afrique. Pourquoi ?

Pour les PME PMI et les ETI, on se heurte toujours à une perception hyper négative avec une image de l'Afrique éternelle et rurale. L'Afrique fait peur quand on n'y est pas. Finalement, l'Afrique reste inconnue. D'une façon plus générale, les PME françaises sont aussi assez mal internationalisées. Il y a un problème de structures avec nos PME. Beaucoup sont trop petites pour être vraiment efficaces à l'export.

L'histoire coloniale est-elle un frein psychologique ?

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Paradoxalement beaucoup de Français ont une histoire avec l'Afrique, ça reste très passionnel. Par rapport au passé colonial, je pense qu'il y a l'idée sous-jacente qu'il ne serait pas éthique de faire du business avec l'Afrique, qu'en fait, on viendrait les piller. C'est une idée fausse et l'Afrique est notre dernier relais de croissance.

Propos recueillis par Jean-Baptiste Labeur

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