L'Afrique, un nouvel enjeu à l'export
Jean-Baptiste Labeur
Jean-Baptiste Labeur
Les 24 et 25 avril, le Barreau de Lyon et le Conseil national des barreaux organisent un colloque à l'Hôtel de Ville et à la CCI de Lyon sur l'Organisation pour l'harmonisation en Afrique du droit des affaires (OHADA). Fondé il y a 20 ans, cet organisme rassemble 17 pays de l'Afrique de l'Ouest. Il vise à harmoniser et sécuriser le droit commercial, dans un espace de 210 millions d'habitants, pour favoriser les échanges économiques inter-africains comme les investissements étrangers.
Une centaine de professionnels sont attendus, des avocats, mais aussi des chefs d'entreprises. Car l'Afrique, si elle ne représente que 16 % du volume des exportations françaises, est un territoire prometteur pour les entreprises qui osent franchir le pas à l'export. Mais encore peu de PME, lyonnaises et rhônalpines se lancent.
« Il existe de vraies opportunités. C'est un continent en transition, avec des ressources naturelles encore sous-exploitées et des défis considérables à relever avec une révolution démographique » souligne Philippe Di Loretto, responsable de la coopération décentralisée au Grand Lyon. La collectivité a tissé des liens depuis longtemps avec des villes du Bénin, du Burkina Faso ou du Mali. Elle met à disposition des entreprises candidates, ses réseaux pour des prises de contacts. Énergie, BTP, voirie, eau, agroalimentaire, maintenance, les secteurs sont divers. « La langue commune et les systèmes administratifs proches du notre, font qu'il existe un environnement favorable et on incite les entreprises à se tourner vers ces marchés » précise Philippe Di Loretto.
Alors pourquoi le « miracle africain » séduit encore si peu d'entreprises ? « Quand vous voulez investir en Chine ou en Inde, vous êtes très bien accompagnés. Lorsque vous vous voulez faire la même chose en Afrique, vous êtes souvent seuls. Il y a encore un problème d'approche en France » explique Abdoulaye Kanté, directeur de l'Agence pour le développement des entreprises en Afrique (ADEA).
Depuis quinze ans, il accompagne des PME et organise un forum Afrique-France chaque année à Lyon et il connait bien le problème. « En Europe, l'Afrique n'a jamais été considérée comme un partenaire économique à part entière. La France était historiquement bien placée mais elle s'est progressivement détournée de l'Afrique » analyse-t-il.
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L'Europe prend conscience de l'importance de ce continent mais tardivement, quand les Chinois, les Indiens où les Américains sont déjà omniprésents. Un manque de réactivité peut être lié à une image économique faussée : « il y a à déconstruire une représentation de l'Afrique qui ne correspond plus à la réalité du terrain » précise Philippe Di Loretto.
La Côte d'Ivoire avant-hier, le Mali hier, la Centrafrique aujourd'hui, autant de drames et de tragédies qui masqueraient le boom économique de l'Éthiopie, de l'Angola, du Mozambique ou du Sénégal. Des représentations auxquelles il faut ajouter la corruption. L'indice de perception de l'ONG Transparency International pointe régulièrement les pays d'Afrique, mais les classements tendent à s'améliorer. Le Botswana est ainsi devant l'Espagne ou l'Italie. Le Sénégal est mieux placé que la Chine. Bénin et Burkina Fasso affichent des indices meilleurs que l'Inde et très inférieurs au Vietnam ou à la Russie.
Ce problème, Fabien Garnier assure qu'il n'y a pas été confronté avec son entreprise France Photon. Commercial export, Fabien Garnier développe les marchés africains de cette PME de 17 salariés basée à St Priest dans le Rhône, et spécialisée dans le photovoltaïque pour site isolé. Elle réalise 30 à 40% de son chiffre d'affaires en Afrique francophone (Burkina, Mali, Cameroun). Ses débuts ont été accompagné par la CCI de Lyon via le dispositif « go export ».
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« L'accompagnement est primordial car aborder ces marchés seuls c'est difficile, certaines choses peuvent faire peur » raconte Fabien Garnier. « Nous avons fait le choix d'un dispositif gagnant-gagnant avec des partenaires locaux. Ils assurent l'installation, la maintenance et la formation des personnels sur place ». Ce partenariat permet d'identifier des marchés de niche que l'entreprise n'aurait pu repérer seule et de garantir une souplesse financière. « Il faut être patient et réactif pour s'implanter en Afrique mais les savoir-faires français sont appréciés, nos interlocuteurs sont en demande car les produits asiatiques commencent à être critiqués » souligne Fabien Garnier qui continue de prospecter.
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