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Débats - La Tribune AURAOpinion - La Tribune AURA

25/08/2014 : acte de décès du PS

Photo de Denis Lafay

Denis Lafay

Publié le 25 août 2014 à 15:16 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 13:50

Denis Lafay

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Les répercussions de la démission du gouvernement Valls s'annoncent considérables. L'une d'elles toutefois serait heureuse : l'acte de décès du Parti socialiste et simultanément celui de naissance d'une formation sociale-libérale enfin assumée. Et au sein de laquelle le possible futur ministre Gérard Collomb aurait toute sa place.

La nuit qui s'annonce devrait être longue avant la présentation, mardi 26 août, du nouveau gouvernement. La décision de Manuel Valls apparaissait certes incontournable après l'interview d'Arnaud Montebourg dans Le Monde et ses déclarations, ce week-end, à Frangy-en-Bresse aux côtés d'un Benoit Hamon complice de la sédition ; pour autant, moins de 150 jours après la formation de son « équipe de combat », elle témoigne d'une détermination voire d'un courage qui doivent être salués et résultent d'une situation politique devenue intenable avec les prises de position des « frondeurs » et l'indocilité, voire même l'insubordination d'une partie des parlementaires et membres du gouvernement.

2017 lancé à gauche

Manuel Valls est de ceux qui, au sein de la majorité, placent l'entreprise au centre de la stratégie économique. Qui considèrent qu'on ne partage de richesses qu'une fois ces dernières sécrétées. Qui estiment que l'accomplissement de toute stratégie ne peut être et surtout ne doit être mené qu'avec des collaborateurs y souscrivant avec loyauté - c'est-à-dire sans museler la liberté de « penser autrement » dès lors qu'elle nourrit le débat et enrichit l'offre. Qui savent que l'autorité ne peut pas et ne doit pas être contestée, particulièrement au-delà du cercle décisionnel. Pour avoir transgressé ces règles fondamentales de gouvernance, les fauteurs de trouble sont légitimement écartés. Ce qu'Arnaud Montebourg en tête, ils attendaient avec délectation : ils ne démissionnent pas mais provoquent les conditions de leur évincement grâce auquel en « martyr » ces dissidents peuvent désormais prendre les commandes d'un mouvement sécessionniste en panne de leadership. La campagne pour 2017 est bel et bien lancée à gauche « aussi », et Jean-Luc Mélenchon peinera à exister dans ce paysage recomposé.

L'exemple de l'entreprise

Une entreprise et un gouvernement partagent nombre de points communs. Notamment l'exigence d'être armés d'un organigramme et d'une ligne manégériale limpides, en tête desquels le visage et le périmètre d'autorité - fondée sur la légitimité - doivent être incontestables. Le sont-ils dans le cas présent ? Non, malheureusement. La Vème République et le rythme quinquennal consolident la dyarchie et la nébulosité des champs décisionnels et hiérarchiques entre le Président de la République et son Premier Ministre. Nicolas Sarkozy avait ostensiblement marginalisé François Fillon, jusqu'à le ridiculiser ; l'indécision, caractéristique de la personnalité de son successeur, devrait en théorie profiter à Manuel Valls. Sauf que ni l'un ni l'autre ne disposeront désormais, parmi les élus locaux et les parlementaires, des soutiens suffisants : trop de rejets - liés non seulement aux fractures idéologiques, mais aussi à la réforme des collectivités et à celle du cumul des mandats - se sont accumulés depuis bientôt 30 mois.

Gérard Collomb enfin ministre ?

Manuel Valls devra s'entourer de ministres qui, au-delà d'une allégeance comportementale, épousent ses convictions en matière macro-économique et partagent cette même vision d'un gouvernement régi comme une entreprise. Le Lyonnais Gérard Collomb en fera-t-il partie ? A priori, rien ne s'y oppose, tant la proximité idéologique, les convictions économiques, le style managérial des deux hommes se font écho. L'édile de Lyon et président du Grand Lyon est par ailleurs l'un des rares maires socialistes de grande ville à avoir conservé son double mandat en mars dernier, sur la foi d'un bilan, d'une rigueur budgétaire et de méthodes qu'il rêve depuis longtemps d'éprouver au plan national. Enfin, la naissance annoncée pour janvier 2015 de la Métropole de Lyon, première du genre en France, donne crédit national à l'initiative locale dont il est l'architecte. Ce lundi 25 août, il n'a pas caché laisser la porte ouverte à une possible entrée au gouvernement. Reste un double obstacle à lever : un avenir ministériel est-il compatible d'une part avec le chantier titanesque que constitue la réalisation de cette Métropole inédite d'autre part avec les fragiles équilibres politiques que le président du Grand Lyon a établis avec une partie de son opposition afin de remporter l'élection en avril dernier ?

Démission

L'heure est bien sûr très grave au sein du Parti socialiste, dont l'Université d'été de La Rochelle (29-31 août) s'annonce éruptive. Elle est surtout peut-être historique, et pose deux interrogations majeures : le démissionnaire est-il le bon ? Et le Parti est-il mort ?
En effet, qui, si ce n'est le Président de la République, est aux commandes des bateaux ivres - la France et le PS - qui depuis 2012 chaque jour coulent un peu plus profondément ? « On » démissionne, dans un gouvernement comme dans une entreprise, lorsqu'« on » n'adhère plus au projet ou que la confiance en la stratégie et ses patrons s'érode. Mais « on » démissionne aussi lorsque l'action que l'on conduit est un échec ou n'est plus audible de ceux appelés à la mettre en œuvre.

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Quant au PS, la démission du gouvernement peut constituer, paradoxalement, une opportunité : celle de sa dissolution. David Kimelfeld, premier vice-président au Grand Lyon et premier secrétaire fédéral PS du Rhône, espère lui-même qu'une telle crise permettra de « clarifier enfin les choses », notamment entre des courants idéologiques qui, à l'instar de ceux prônant la demande et de ceux militant pour l'offre, sont dans l'ambivalence la plus irréconciliable. Souvenons-nous : le temps n'est guère lointain où Manuel Valls proposait de rebaptiser le Parti socialiste. La ligne de fracture idéologique au sein de la formation a atteint un point de rupture et de non retour que chacun sait irréversible. Le moment de la scission est peut-être venu, l'acte de décès du PS tel qu'il existe aujourd'hui signifiant alors celui de la naissance d'un mouvement social-libéral enfin assumé et débarrassé de ses pièges malthusiens, qui place l'entreprise, l'innovation, le progrès et le travail au cœur d'une offre également de justice et d'égalité.

Denis Lafay

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