Entrepreneurs handicapés ? Quelle drôle d'idée !
Par Didier Roche, non-voyant, directeur général d'Ethik Investment
Par Didier Roche, non-voyant, directeur général d'Ethik Investment
Je me souviens à mes débuts du monde bancaire extrêmement réticent à l'ouverture d'un compte par un gérant aveugle. Il m'a fallu plus de six mois pour trouver une banque qui m'accepte.
Trouver une assurance pour couvrir le risque professionnel, fut aussi un parcours du combattant sur lequel je porte aujourd'hui un regard amusé tant ce que j'ai pu entendre était ridicule, parfois pesant. Ma volonté d'aboutir a eu raison de tous ces obstacles. Car c'est bien de ça qu'il s'agit, la volonté.
Elle habite tout individu qui veut se lancer dans la création d'entreprise, elle doit sûrement être plus grande lorsque l'on est une personne handicapée. Il faut en effet, en plus de lancer son projet, affronter les préjugés. Et ils ont la peau dure !
Le désir de donner vie à mes rêves a toujours guidé mes pas de travailleur indépendant handicapé (TIH). Avec un taux de chômage plus de deux fois supérieur à la normale, créer son propre emploi quand on est handicapé est aussi une motivation.
La troisième voie est celle du chef d'entreprise qui connaît le handicap au cours de sa carrière : 55 % des handicaps interviennent au cours de la vie, hors enfance et vieillissement.
Il existe encore un véritable frein pour que les entreprises fassent confiance à de tels acteurs économiques. Un moyen facilitateur serait de modifier la loi sur le handicap du 11 février 2005.
Toute entreprise de plus de 20 salariés doit compter parmi ses effectifs 6 % de personnes handicapées. L'entreprise doit s'acquitter d'une contribution à un fonds par personne manquante, fonds mis à disposition de toute structure embauchant ces salariés différents pour faciliter leur employabilité. Cette loi prévoit que l'entreprise peut satisfaire à son obligation d'emploi de travailleurs handicapés par le biais de contrats de sous-traitance passés avec le secteur protégé. Celui-ci est économiquement soutenu par l'État et se compose de structures agréées par lui.
Sous-traiter à un travailleur indépendant handicapé (TIH) ne rentre pas encore dans les solutions de sous-traitances. Reconnaître par la loi et ainsi encourager le travail des TIH offre un regard plus juste sur l'intégration professionnelle des personnes handicapées : on reconnait leurs compétences, leurs choix professionnels, leurs prises de risque.
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C'est également une question d'équité entre les différentes solutions d'emploi possibles de personnes handicapées.
L'enquête Handicap et Santé des Ménages réalisée en 2008 par l'Insee recense que 8 % de la population en situation de handicap déclare une activité indépendante, soit 71 600 personnes.
Ainsi, tout corps de métier serait concerné par l'amélioration de la loi. Pour la structure qui a recours à un travailleur indépendant handicapé, c'est une façon d'aborder le handicap sans contrainte autre que celle du bon de commande.
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D'une relation professionnelle « ponctuelle » peut déboucher une proposition d'embauche en interne. Changer la loi c'est aussi offrir aux petites structures, la possibilité de répondre partiellement à leur obligation d'emploi en recourant aux services d'un TIH.
Entrepreneur handicapé : plus qu'une drôle d'idée, c'est une réalité à valoriser, c'est du gagnant-gagnant, le chemin vers moins d'exclusion, une véritable image positive du handicap.
Par Didier Roche, non-voyant, directeur général d'Ethik Investment
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